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Les PS français et belge francophone sont pour beaucoup à l'agonie. Et pour bon nombre, toute la social-démocratie sinon la gauche démocratique sont en voie de disparition.

 

Les deux partis sont effectivement atteints de sclérose politique. Ils semblent tous deux incapables de tenir un discours crédible pour répondre aux défis de notre temps. Ils se sont tous deux volontairement coupés de leur base populaire. Ils sont emberlificotés dans des scandales divers. Et surtout, ils semblent ne plus avoir la capacité d'imposer une politique – particulièrement celle résultant de leurs promesses électorales.

 

L'aspect le plus sérieux du diagnostic est la perte de raison d'être des deux Partis : la défense et l'épanouissement de la classe des travailleurs et des allocataires sociaux.

 

Quelles sont les causes ?

 

Tout d'abord, il faut remonter l'histoire : 1989, la chute du Mur de Berlin et la fin des démocraties dites populaires et de l'Union Soviétique. La social-démocratie européenne n'a pas réussi à combler le vide laissé par la chute du communisme. Elle n'a pas représenté une force d'opposition au capitalisme, au contraire, avec la fameuse « troisième voie » de l'Anglais Tony Blair et de l'Allemand Gérard Schröder, elle a accompagné le néolibéralisme.

 

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Tony Blair, avec sa "troisième voie", a plongé la social-démocratie dans le néolibéralisme.

 

Dès lors, les partis socialistes ne représentaient plus une alternative au capitalisme libéral, mais se prétendaient être une sorte de modérateur, de gardien des « acquis sociaux ». Il a fallu vite déchanter : la « troisième voie » s'est avérée être un véritable moteur de la construction néolibérale. En définitive, les partis socialistes servaient à juguler d'éventuelles contestations populaires face à la destruction de l'Etat social. Surtout pendant ces dernières années, les sociaux-démocrates ont contribué au démantèlement de l'économie mixte et de la sécurité sociale. Ils ont voté les traités budgétaires européens et ont largement favorisé le capital au détriment du travail.

 

C'est ce qu'il s'est passé en Belgique avec le gouvernement Di Rupo et en France avec le désastreux quinquennat de François Hollande qui s'achève dans la confusion.

 

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Elio Di Rupo et François Hollande ont plié face aux diktats de la politique de l'offre.

 

Le politologue Rémi Lefebvre a écrit dans le « Monde diplomatique » :

 

« Les défaites à toutes les élections intermédiaires n'ont en rien arrêté la fuite en avant libérale dont la « loi travail » marque l'apogée. Malgré la timide embellie de l'emploi, (...), la politique de l'offre engagée dès l'automne 2012 ne produit toujours pas de résultats. Pour valoriser l'action du gouvernement, que le peuple de gauche désavoue massivement, le PS reprend mot pour mot les éléments de langage de la droite en 2012 : la nécessité de la « réforme » s'est imposée pour « préserver le modèle social français ». « La politique de l'offre n'est ni de droite ni de gauche : elle est nécessaire », a pu déclarer M. Stéphane Le Foll, porte-parole du gouvernement. Désormais, l'aversion suscitée dépasse de très loin les franges de la gauche radicale et la déception que provoque immanquablement l'exercice « réformiste » du pouvoir. Comment comprendre ce qui s'apparente à une autodestruction ? »

 

En clair, le PS, en Belgique et en France, a renoncé à être de gauche. Le ralliement enthousiaste à la « politique de l'offre », autrement dit au néolibéralisme, est désormais la marque des reliquats de la social-démocratie en Europe. En Allemagne, le puissant SPD a pris cette voie depuis longtemps, notamment avec les réformes de Gérard Schröder. En Grande Bretagne, le parti travailliste est divisé entre la « troisième voie » blairiste et le retour au socialisme de Jeremy Corbyn qui a été terriblement affaibli suite au « Brexit » que, cependant, il combattait.

 

La Grèce a vu la disparition du PASOK, en Espagne, le PSOE parvient péniblement à se maintenir au-dessus de Podemos.

 

L'exemple portugais

 

Au Portugal, la situation est différente : la gauche est au pouvoir depuis avril 2015, mais un pouvoir pour le moins original. Il s'agit d'un accord entre le PS, le Parti communiste et le « Bloc des gauches », mais seul le PS est au gouvernement, formant ainsi une majorité parlementaire avec les deux autres partis.

 

L'élection en janvier 2016 du président conservateur Rebelo de Sousa a fragilisé ce nouveau pouvoir avec l'aide en coulisse de la Commission européenne, la Troïka voulant mettre la main sur le Portugal comme elle le fit en Grèce. Le gouvernement s'est quand-même maintenu jusqu'aujourd'hui et procède à une série de réformes progressistes qui ne vont pas dans le sens de la politique d'austérité de l'Union européenne. Néanmoins, ce pouvoir reste fragile. Il est à la merci de la moindre crise. Il a d'ailleurs failli tomber à l'occasion de divergences entre les trois partis au sujet de l'ancienne colonie portugaise, l'Angola.

 

Cependant, l'exemple portugais montre qu'il y a des alternatives possibles. La gauche démocratique ne se cantonne plus à un seul parti dominant. Elle est plurielle et se doit de trouver un tronc commun. Mais, il ne s'agit que d'un cas sur l'ensemble des pays de l'Union européenne et bien du chemin reste à parcourir.

 

Les partis socialistes ont changé de nature.

 

Que ce soit pour la Belgique francophone ou pour la France, les Partis socialistes ont profondément changé de nature. Les congrès où l'on brandit une rose en chantant l'Internationale ne font plus illusion. Les deux partis sont devenus des machineries électorales destinées à se maintenir au pouvoir à tout prix. Cependant, cette machinerie ne fonctionne plus. Le PS français qui détenait tous les leviers de pouvoir après l'élection de François Hollande en 2012, les a perdus lors des élections intermédiaires au point qu'il n'était plus question qu'il se présente pour un deuxième mandat sachant qu'il touchait le fond.

 

Du côté du PS francophone belge, jusqu'à présent, les pertes électorales sont limitées. Cependant, il chute dangereusement dans les sondages à cause, bien sûr, du scandale Publifin, mais aussi de la montée du Parti du Travail de Belgique (PTB), parti d'origine maoïste qui a réussi à s'implanter sur le terrain délaissé par les Socialistes, notamment dans les Maisons médicales et à assurer une présence visible au Parlement grâce entre autres à un de ses députés, Raoul Hedebouw, qui a de grands talents de tribun et qui est devenu une vedette des médias.

 

S'il y a manifestement un transfert de l'électorat traditionnel du PS vers le PTB, ce n'est pas par « populisme » comme le prétend un Di Rupo, mais parce qu'il y a une demande de politique de gauche pour une grande partie de la population.

 

L'historien André Burguière rappelle dans « Libération » du 31 mars 2017 :

 

« Quand la gauche semble admettre la réalité, ou ce que l'on appelle la réalité, elle n'est plus à sa place. Au fond, l'une des raisons essentielles de la possible disparition de la gauche, c'est qu'elle n'a jamais su se remettre conceptuellement et politiquement de la chute du mur de Berlin. Elle n'a pas su non plus se reconstruire après l'effondrement de ce que l'on a appelé «le marxisme réel». Nous ressentons encore les répercussions de la disparition de la société soviétique, pour aller vite. Depuis le début des années 80, le marxisme était largement discrédité, désacralisé. Le soutien aveugle d'une partie du prolétariat européen à l'égard de l'URSS avait disparu, il n'y avait plus que Georges Marchais pour en dresser «un bilan globalement positif». Mais, jusque-là, le Parti communiste portait une croyance. Ça ne veut pas dire qu'il y avait une réalité derrière, mais ça permettait d'exister contre ce qui se passait «chez nous». Il fallait cette menace pour contrer le patronat dans les années 50 et 60. Très généralement, ce qui a longtemps subsisté, c'est que le social est autre chose que l'individuel, il implique du collectif. Ce qui est tombé avec le mur de Berlin, c'est la perspective politique. (...) Les ouvriers français n'avaient aucune envie d'aller vivre en URSS, mais ils s'en servaient pour faire peur au patronat. C'était un point d'appui dans les revendications. Il n'y a donc plus eu l'espoir d'un changement radical. La gauche française s'est retrouvée orpheline d'un modèle alors même qu'elle n'a jamais su ou pu s'accrocher à la social-démocratie, telle l'alliance des gauches politique et syndicale en Allemagne, dans les pays scandinaves, au Royaume-Uni d'avant Thatcher ou aux Pays-Bas. Cela n'a jamais existé en France. Les syndicats étant désormais plus faibles que les partis, c'est une perspective sur laquelle il ne faut pas compter. »

 

Le rôle des « think tanks »

 

Burguière ne dit pas que la démarche « réaliste », c'est-à-dire accepter la politique néolibérale, a été souhaitée par une partie des dirigeants de gauche dès le début des années 1980. A Paris, en 1982, sous l'impulsion du sociologue Pierre Rosanvallon, auteur du premier ouvrage critiquant l'Etat social « La crise de l'Etat providence » et de l'historien ex-communiste François Furet est créée la Fondation Saint-Simon qui est ce qu'on appelle aujourd'hui un think tank rassemblant des gens de gauche, des industriels, des dirigeants de droite, afin de trouver des convergences. Et ces convergences, c'est une adhésion pure et simple aux thèses néolibérales. La Fondation Saint-Simon que ses adversaires appelaient le « cercle de la pensée unique » a été dissoute en 1999.

 

Lui a succédé en 2008 un autre think tank proche du PS, « Terra nova ». Il a prôné un changement de paradigme pour le PS. Au lieu de s'appuyer sur les classes populaires qui constituent sont électorat traditionnel, il faut prendre en main les questions sociétales (reconnaissance des droits des homosexuels, revendications féministes, dépénalisation des stupéfiants, etc.). Si certaines questions sociétales devaient être résolues dans un sens progressiste, ce n'est pas au prix de l'abandon de l'Etat social.

 

C'est pourtant exactement ce qu'il s'est passé. Le « mariage pour tous » a été adopté sans peine, mais a réveillé une droite catholique intégriste qui constitue d'ailleurs le gros des troupes du candidat républicain François Fillon. D'autre part, le pouvoir socialiste s'est attaqué aux acquis sociaux d'une manière particulièrement agressive. Les lois Macron I et II qui sont passées en force par l'utilisation du fameux article 49-3 qui permet de « dribbler » le Parlement, sont en fait des lois de dérégulation sociale. Elle fut suivie par la fameuse loi El Khomri de détricotage du code du travail qui consiste en un contrôle total des entreprises sur les négociations sociales. Malgré la forte contestation syndicale menée par la CGT, elle passa également en force.

 

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Emmanuel Macron a faussé le jeu.

 

Le résultat est évidemment désastreux : la gauche française est en pleine déliquescence. Le PS est en voie d'implosion suite aux catastrophiques primaires et suite à la candidature de Macron. Mélenchon rassemble les mécontents, mais n'a en réalité ni réelle base populaire, ni programme crédible, même si – incontestablement – il fera un « score » . Les communistes sont en voie de disparition et les écologistes sont évaporés...

 

En Belgique, la situation est un rien meilleure, mais n'est pas loin du point de non retour. Le PS est emberlificoté dans le scandale Publifin. En plus de l'affaire elle-même, le manque évident d'autorité du président Di Rupo et de son premier cercle sur l'ensemble du Parti et particulièrement sur la Fédération de Liège, est le signe d'une grave faiblesse qui coûtera très cher aux Socialistes wallons et bruxellois.

 

Tout se passe, aussi bien chez les Socialistes français et les belges, comme si leurs états-majors étaient coupés de la réalité : Cambadélis et Di Rupo ont bien des points communs dans leur manque d'appréhension des choses.

 

 

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Jean-Christophe Cambadélis, premier secrétaire du PS français, a bien des points communs avec Elio Di Rupo, président du PS belge.

 

En Wallonie, un seul fait preuve de vitalité : Paul Magnette. Il a acquis une stature internationale en s'opposant fermement, comme ministre-président wallon, au CETA et avec une intelligence politique certaine et montre, en tant que bourgmestre, un grand dynamisme dans la rénovation de sa ville, Charleroi qui a enfin retrouvé une image de dynamisme qu'elle avait perdue depuis longtemps. Mais, Magnette parviendra-t-il à surmonter la crise du PS ?

 

Nul ne peut sérieusement prévoir le résultat des prochaines élections françaises. Tout le monde voit Le Pen au second tour et Macron élu président. Rien n'est moins sûr. Nul ne peut dire comment le PS francophone belge se dépêtrera de l'affaire Publifin. La véritable question est : une structure comme le Parti Socialiste a-t-elle encore un avenir, voire même une utilité ?

 

La social-démocratie elle-même est-elle une pensée politique porteuse ? On peut en douter. D'autres manières de voir apparaissent. Les unes sont bonnes, les autres non. Il n'y a pas encore une cohérence entre elles. Mais, il est évident que quelque-chose est en train de naître.

 

De nouveaux chantiers s'ouvrent, comme, par exemple, celui de l'allocation universelle qui est à débattre. Le revenu de base doit en effet s'inscrire dans un système global s'il ne veut être un gadget qui conviendrait très bien aux néolibéraux qui, eux, ne manquent pas d'idées.

 

On oublie aussi les organisations sociales comme les syndicats et les mutuelles qui sont aussi en pleine mutation et qui subissent de plein fouet l'offensive ultralibérale.

 

Bref, il ne faut pas perdre espoir. La social-démocratie est une espèce non protégée en voie de disparition, mais prenons garde de casser le jouet et d'être totalement démuni.

 

Nous aurons l'occasion d'en parler, car une nouvelle cohérence doit voir le jour. C'est au programme et la saison ne fait que commencer. Ne la gâchons pas.

 

Pierre Verhas