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S'il est un mot détestable, c'est bien « gouvernance ». Ce vocable entretient la confusion entre la direction d'une entreprise et celle de la chose publique.

 

Les événements qui secouent cet été, qui agitent les médias et le microcosme politique montrent le double échec de la « gouvernance » : le pouvoir technocratique instauré par Emmanuel Macron dès le début de sa présidence vient de montrer ses limites avec cette rocambolesque affaire Benalla. Et le pouvoir politique incarné par des institutions qui apparaissent désormais inefficaces et obsolètes, s'est ridiculisé.

 

Il est symptomatique qu'une affaire aussi subalterne ait pu affaiblir les instruments du pouvoir, de la présidence « monarchique » française au Parlement où il est désormais impossible d'aboutir à un résultat digne de ce nom, en passant par un gouvernement frappé de paralysie.

 

La fin du politique

 

Nous assistons à la fin du politique inapte à s'imposer et à l'échec total de la technocratie ébranlée par le moindre choc. Certes, on peut rétorquer que cette affaire Benalla ne concerne que la France et qu'elle est en définitive le feuilleton de l'été qui sera oublié à la rentrée prochaine.

 

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Jacques Attali et Emmanuel Macron à une réunion de la Commission Attali : les débuts d'une gouvernance

 

Le cas Macron en France est en effet spécifique : un homme sans aucune expérience politique porté à la présidence par la haute finance européenne. Cela n'est pas un secret. Il suffit de réécouter les commentaires élogieux et quelque peu imprudents d'un Jacques Attali qui se vante d'être un faiseur de présidents. En d'autres pays, cela ne se passe pas d'une telle manière, mais le schéma est similaire.

 

Si on observe la Belgique, le gouvernement libéral – nationaliste flamand avec les débris de la démocratie chrétienne flamande au pouvoir depuis 2014 est manifestement l'œuvre des milieux d'affaires. La formation la plus importante de ce pouvoir, le parti nationaliste flamand NV-A (Nouvelle Alliance Flamande), est liée au VOKA, le patronat des grandes entreprises en Flandre. Certains dirigeants libéraux comme le vice-premier ministre Alexander De Croo est lui aussi très proche des tenants de la haute finance en Belgique. Et n'oublions pas l'autre vice-premier ministre, Didier Reynders, chargé des Affaires étrangères qui, lui aussi, a des attaches dans les milieux de la haute finance internationale. Avec le scandale « Kazakhgate », il a cependant été quelque peu imprudent, car manifestement, il ne sélectionne pas très bien ses relations... Enfin, jusqu'ici, il reste intouchable.

 

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Didier Reynders, ministre belge très libéral des Affaires étrangères : sous les ors du pouvoir se cachent souvent des pièges.

 

Sur le plan des programmes et actions de ces deux gouvernements, les politiques menées sont quasi identiques : privatisations, démantèlement de la Sécurité sociale, déréglementation. En France, cette politique a été définie dans les rapports de la Commission Attali dont Emmanuel Macron était une cheville ouvrière, politique qui a été initiée par son prédécesseur « socialiste ». En Belgique, le gouvernement du « socialiste » Di Rupo fut aussi l'initiateur de cette politique. Ces différents plans ont tous un point commun : ils s'inspirent des recommandations et réglementations de la Commission européenne qui cherche à instaurer un régime ultralibéral pour le grand marché européen.

 

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Elio Di Rupo, alors Premier ministre socialiste belge avec l'ancien président français François Hollande : le compromis avec le capitalisme est devenu compromission.

 

Cependant, cette belle mécanique est en train de se gripper. Il y a d'abord eu le Brexit qui est un casse-tête qui paraît de plus en plus inextricable, ensuite, s'est greffée ce qu'on appelle la « crise des migrants ». On peut en déduire que le système européen est d'une complexité telle qu'il est devenu impossible de le réformer ou de le perfectionner. À force de réglementer sur tout et n'importe quoi, c'est-à-dire sur toute activité à caractère commercial, on a monté une machine infernale paralysante. Une mesure claire est devenue impossible.

 

L'instauration d'un régime ultralibéral, c'est-à-dire la déréglementation, nécessite pour ce faire une réglementation tatillonne, ce qui est pour le moins paradoxal et démontre aussi que le « laisser faire, laisser aller » total ne va pas de soi : il lui faut une police !

 

Quant à la question des migrants, la mesure coercitive de quotas imposée d'en haut par les instances européennes a suscité colère et division. Au lieu d'une politique d'accueil équitable, on a préféré réglementer et négocier en catimini avec la Turquie d'Erdogan et les chefs de guerre libyens. Le résultat : l'afflux de migrants qui sont bien moins nombreux qu'on veut nous faire croire est devenu une crise politique et éthique majeure et l'Union européenne n'a plus d'union que le nom. Les pays de l'Est, Pologne en tête, s'en éloignent de plus en plus. Le « populisme » - c'est-à-dire un régime fort, conservateur et d'exclusion - s'installe solidement à l'Est et menace l'Ouest de l'Europe. L'Autriche et l'Italie ont basculé. D'autres pays sont menacés, comme le Danemark, les Pays Bas, la Belgique. Tous ces Etats risquent de plonger dans ce que le Hongrois Orbàn appelle la « démocratie illibérale » et que ses adversaires nomment la « démocrature ». Mais, ces mêmes Etats mènent sur les plans économique et social une politique bien ultralibérale !

 

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Le "premier" hongrois Viktor Orbàn s'impose de plus en plus comme le leader du "populisme" ou de "l'illibéralisme" européen.

 

Peu importe d'ailleurs ces néologismes, la réalité traduit l'échec des démocraties dites libérales et la nuisance d'une société ultralibérale qui réduit l'être humain à un robot producteur - consommateur dont les pulsions et les actes sont dictés par la soi-disant seule « rationalité » économique dans le plus grand intérêt des entreprises transnationales.

 

C'est « l'homme unidimensionnel » du philosophe Herbert Marcuse qui fut le penseur qui inspira les révoltes de 1968 dans le monde occidental. Celui dont, paradoxalement, les jeunes de l'époque ne voulaient pas et qu'ils ont en définitive façonné !

 

Les migrants nous rappellent à l'ordre.

 

Ce sont donc les migrants qui nous rappellent à l'ordre : ils nous contraignent à reconsidérer la base de notre société, base qui n'aurait jamais dû être ébranlée : la solidarité. Cette solidarité que justement la classe dirigeante tente de démolir. Mais, et c'est sans doute là qu'il risque d'y avoir une alliance objective entre les « populistes » et les ultralibéraux : tout sera fait pour casser cet élan de solidarité qui s'est manifesté dès le départ avec les migrants. L'exemple le plus frappant est le revirement d'Angela Merkel.

 

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Angela Merkel affaiblie cède sur tous les terrains. Elle n'est plus le leader incontesté de l'Allemagne et de l'Union européenne.

 

La chancelière allemande prôna au départ une politique d'accueil des migrants, spécialement ceux en provenance du Proche Orient. Certes, ce n'était pas désintéressé. L'industrie manufacturière allemande a un important besoin de main d'œuvre qualifiée et les technocrates ont estimé que les réfugiés syriens sont en général des gens qualifiés qui conviendraient parfaitement. C'était oublier qu'un travailleur n'est pas interchangeable comme une machine. Aux Syriens, il fallait apprendre la langue, ils devaient s'adapter au mode de vie et à la culture du travail à l'allemande. Cela nécessitait donc un investissement important. Aussi, le grand patronat allemand a fait marche arrière. Les incidents qui se sont déroulés – on n'a jamais su réellement comment – à Cologne la nuit du Nouvel-an 2016 où des migrants ont été accusés d'avoir agressé, harcelé, voire violé des femmes, ont achevé de retourner l'opinion publique allemande.

 

Certes, il y a eu des incidents, mais, manifestement, des médias ont monté cette affaire en épingle. Les élections qui ont suivi ont consacré la défaite cuisante de la chancelière et de la social-démocratie dirigée par le pâle Martin Schultz et l'entrée spectaculaire au Bundestag de l'Afd, parti « populiste » qui a été hissé au rang de troisième formation politique allemande. Après moult péripéties, la « grande coalition », CDU-CSU, SPD a été reconduite, mais considérablement affaiblie. Elle a failli éclater, il y a peu, suite au chantage du ministre de l'Intérieur, un Bavarois CSU, justement pour durcir la politique à l'égard des migrants. Merkel a cédé...

 

Le populisme a de beaux jours devant lui.

 

En Belgique, si on avait un gouvernement « normal », le secrétaire d'Etat à l'immigration, le NV-A Théo Francken aurait été depuis longtemps renvoyé à ses « chère études » après ses mesures discriminatoires, sa proposition de déroger à la Convention européenne des droits de l'homme, la dramatique affaire Mawda, l'enfermement des enfants dans les centres fermés et aussi ses propos notoirement racistes.

 

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Malgré ses propos inacceptables et son action discriminatoire, Théo Francken reste solidement installé au gouvernement Michel.

 

En outre, il ne faut pas se leurrer. L'opinion publique est majoritairement hostile aux migrants. La crise sociale et économique génère un sentiment de peur et de rejet de l'autre qui est subtilement entretenu par certaines formations politiques. Le « populisme » a de beaux jours devant lui. La menace est réelle et les derniers propos d'Orbàn ne sont pas faits pour rassurer.

 

« Un processus général de droitisation s'observe dans toute l'Europe. (...) Il est possible de renverser l'élite libérale pour la remplacer par une élite chrétienne. (...) Il y a trente ans, nous croyions encore que l'Europe était notre avenir. Nous croyons aujourd'hui que c'est nous qui sommes l'avenir de l'Europe. »

 

Le Hongrois se positionne comme le chef de file du « populisme » en Europe et son programme est clair : culture chrétienne et modèle familial traditionnel, protection des frontières, rejet du multiculturalisme et de l'immigration.

 

Les deux tragiques erreurs du camp progressiste

 

Comment en est-on arrivé là ? Reconnaissons que deux tragiques erreurs ont été commises par le camp progressiste. La première : les partis sociaux-démocrates ont naïvement – ou par duplicité pour certains – cru qu'en suivant le processus ultralibéral lancé il y a près de quarante ans par Thatcher et Reagan, ils arriveraient à maintenir l'Etat social. Ils collaboraient et ils ont volontairement oublié l'avertissement que Rosa Luxemburg leur a lancé au début du XXe :

 

« Lorsqu'on croit que les masses ne peuvent être achetées qu'avec des pourboires, on finit par perdre la conscience des masses et le respect de ses adversaires : on ne gagne rien mais on perd tout. »

 

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Rosa Luxemburg fut une militante et une intellectuelle lucide et sans complaisances. Cela lui coûta la vie.

 

Résultat : les mécanismes de sécurité sociale sont en train de s'effondrer les uns après les autres.

 

Secondement, en cédant aux sirènes du communautarisme, en considérant que les immigrés formaient un nouveau prolétariat qui s'inscrivait dans le modèle marxiste classique, ils disposeraient ainsi d'une force de combat contre le monde capitaliste. Certains ont même été jusqu'à penser que l'Islam serait le nouveau moteur d'une hypothétique Révolution mondiale ! Résultat : ils ont non seulement contribué au développement de l'islamisme qui, c'est exact, est « révolutionnaire » en ce sens qu'il détruit les acquis des Lumières dans notre société et l'universalisme des droits de l'homme. En plus, ils ont contribué à l'expansion des idées « populistes » et du racisme qu'ils combattaient au premier chef.

 

Les avertissements des anciens

 

La seule réponse est de reconstruire tant que faire se peut les mécanismes de solidarité. Il n'y a pas de liberté sans solidarité. Il ne peut y avoir d'universalisme sans solidarité. Et il ne peut y avoir d'égalité sans solidarité. Toutes et tous doivent y être associés et surtout y contribuer. C'est la seule manière de rétablir le politique.

 

Il va de soi que nous continuerons à en parler.

 

« A chacun selon ses besoins, de chacun selon ses moyens », le fameux mot d'ordre de Karl Marx est plus que jamais d'actualité. Mais ce n'est pas du sommet, c'est de la base que cela doit se construire. Ce n'est plus à un parti aussi fort et organisé soit-il qu'il faut confier cette œuvre, c'est le peuple lui-même qui doit élaborer ces nouveaux modèles de solidarité par des organisations locales, régionales, européennes qu'il crée et contrôle démocratiquement. La même Rosa Luxemburg, après la Révolution russe, avait averti :

 

« La liberté réservée aux seuls partisans du gouvernements, aux seuls membres d'un parti, aussi nombreux soient-ils, ce n'est pas la liberté. La liberté c'est toujours la liberté de celui qui pense autrement. »

 

Les avertissements des anciens sont toujours valables aujourd'hui.

 

Pierre Verhas

 

Les références à Rosa Luxemburg émanent du livre de Robert Falony, 1914 – 2014 La véritable histoire du siècle en Belgique et dans le Monde, Editions Jourdan, Paris 2014 et du récent ouvrage d'Anne Vanesse : Rosa Luxemburg et les socialistes belges..., Cimarron, 2018, 1190 Bruxelles. Ouvrages que nous vous conseillons chaleureusement !

 

Source: http://uranopole.over-blog.com/2018/08/gouvernance-le-double-echec.html