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L'affaire commence en 2009 par un séminaire consacré à l'Islam organisé en Autriche par le Freedom Education Institute qui est le bureau d'études du FPO, le parti « libéral » autrichien, formation d'extrême-droite actuellement au pouvoir à Vienne. Lors d'une séance de ce séminaire, en novembre 2009, une des animatrices, Elisabeth Sabaditsch-Wolff, fonctionnaire d'ambassade ayant vécu au Proche Orient et ayant acquis une connaissance assez approfondie de l'Islam, déclara que le Prophète Mahomet était un « pédophile ». Elle se basait sur les hadiths – ces récits qui retracent des épisodes de la vie du Prophète – qui affirment que Mahomet avait épousé Aicha alors qu'elle avait six ans et que le mariage fut consommé à ses neuf ans.

 

Une journaliste de gauche qui avait réussi à s'infiltrer dans ce séminaire a rapporté les propos de Madame Sabaditsch-Wolff dans son journal. Cela déclencha un scandale ! Plusieurs personnes et associations et même l'Evêque de Vienne déposèrent plainte pour insulte à la religion musulmane. Et personne, même au sein des milieux d'extrême-droite, ne se leva pour la défendre. Les avocats du journal ont ensuite transmis les transcriptions des propos tenus au parquet de Vienne comme preuves qu'un discours de haine se tenait contre l'islam.

 

Avouons que nous-mêmes aurions hésité en estimant que derrière les propos de Madame Sabaditsch-Wolff se cachait une manifestation de racisme. Et c'est sans doute le cas. En effet, sa position est loin d'être claire.

 

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Elisabeth Sabaditsch-Wolff n'hésite pas à s'afficher avec le leader d'extrême-droite islamophobe batave, Geert Wilders.

 

On cerne mieux sa personnalité à la lecture de cette interview qu'elle a accordée en juillet 2012 au site d'extrême-droite « Riposte laïque » :

 

« Le Parti libéral autrichien m'a approchée au sujet des séminaires sur l'islam qui se tenaient à l'institut éducatif du parti.

 

Mes séminaires ont commencé début 2008, devant un groupe de six ou sept personnes au plus, la plupart d'entre elles membres et sympathisants du parti. Les séminaires se composaient de trois parties : « Introduction aux fondements de l'Islam », « L'islamisation de l'Europe », et enfin « L'impact de l'Islam » (la charia, la Déclaration du Caire des droits de l'homme en Islam, l'OCI, Eurabia).

 

Au fil du temps ces séminaires ont encore plus suscité l'intérêt des gens et en octobre 2009, plus de 30 hommes et femmes de tous horizons ont écouté ce que j'avais à dire. Les réactions de ces personnes ont presque toujours été le choc et la consternation : pour la première fois ils avaient des réponses à leurs questions (...) A la fin de novembre 2009, j'ai été informée d'une histoire qui était sur le point d'éclater :

 

Qu'est-il arrivé ? Une jeune femme, journaliste, avait infiltré deux de mes séminaires en octobre et novembre, elle avait enregistré illégalement ma présentation et ensuite elle m'a dénoncée aux autorités autrichiennes qui à leur tour ont commencé une enquête officielle. L'accusation : discours de haine.

 

Le débordement de critiques des autorités officielles de l'Autriche fut incroyable. Du vice-chancelier au grand rabbin, d'un évêque de haut rang aux chefs de parti : mes déclarations – toutes sorties de leur contexte – ont été condamnées de toutes parts. J'ai même été comparée à Ben Laden par un fonctionnaire musulman. Pas un de ces soi-disant dirigeants n'a pris la peine de me demander des précisions. Je devais être vilipendée, mes déclarations devaient être condamnées, pour deux raisons. Premièrement, j'ai donné ces séminaires au Parti de la Liberté, la « droite xénophobe » et deuxièmement, le contenu des séminaires décrivait l'islam.

 

FP : Parlez-nous de votre procès et dites-nous où il en est maintenant.

 

Sabaditsch-Wolff : Pour faire simple, j'ai été déclarée non victime. Le 20 décembre 2011, ma condamnation pour le dénigrement d'une religion reconnue légalement a été confirmée par la juridiction supérieure.

 

Vous pourriez me demander quelle était la raison de cette condamnation ? Eh bien, au cours de mes séminaires, j'ai mentionné l'asphyxiante directive de l'UE « Décision-cadre sur la lutte contre le racisme et la xénophobie », et afin d'illustrer mon propos, j'ai raconté au public une conversation avec ma sœur croyant qu'on devrait trouver un mot différent pour les actes de Mahomet avec Aïcha. J'ai dit : « Comment peut-on nommer ce qu'il a fait, si ce n'est de la pédophilie ? » Et cette phrase m'a condamnée, car je suis autorisée par la loi à dire que Mahomet avait des relations sexuelles avec une jeune fille, mais je ne peux pas qualifier ce comportement car c'est jugé « excessif » et par conséquent dénigrant. L'Etat autrichien a créé un crime sans victime et un criminel sans une seule victime. »

 

Clairement, cette femme distille la haine de l'Islam jusqu'à faire peur au principal parti d'extrême-droite autrichien ! Elle désapprouve la politique européenne de lutte contre le racisme ! Et, bien entendu, elle joue les Caliméro comme tous les individus de cette mouvance !

 

Cependant, à l'examen du le dossier, il est difficile de détecter du racisme dans les propos de Madame Sabaditsch-Wolff. D'autant plus qu'elle n'est pas la seule à affirmer que le prophète Mahomet est un pédophile !

 

Lors d'un colloque consacré à la liberté d'expression organisé en décembre 2014 par l'Académie royale de Belgique à Bruxelles, sous la présidence de Hervé Hasquin, la poétesse et journaliste libanaise, Madame Joumana Haddad, a clairement et publiquement déclaré que « Le prophète Mahomet et l'ayatollah Khomeyni étaient des pédophiles ! », tout en confirmant que toute personne qui le proclamerait se mettrait en danger. (Voir la vidéo à 15 min, 15 sec.) Sans doute, mais on l'ignorait à l'époque, voulait-elle exprimer sa solidarité avec Madame Sabaditsch-Wolff...

 

Filmfragment

 

La poétesse libanaise Joumana Haddad n'a pas hésité à affirmer à un colloque à l'Académie royale de Belgique que le prophète Mahomet et l'ayatollah Khomeyni étaient des pédophiles

 

Après avoir épuisé tous les recours en Autriche, Elisabeth Sabaditsch-Wolff s'est adressée à la Cour Européenne des Droits de l'Homme, Cour installée à Strasbourg, dépendant du Conseil de l'Europe qui regroupe 47 Etats-membres, qui est appelée à trancher sur la conformité d'actes juridiques des Etats, Cours et tribunaux avec la Convention européenne des Droits de l'Homme. Madame Sabaditsch invoquait l'article 10 de la Convention relatif à la liberté d'expression qui dispose que : « Toute personne a droit à la liberté d'expression. Ce droit comprend la liberté d'opinion et la liberté de recevoir ou de communiquer des informations ou des idées sans qu'il puisse y avoir ingérence d'autorités publiques et sans considération de frontière. » mais aussi que « l'exercice de ces libertés comportant des devoirs et des responsabilités peut être soumis à certaines formalités, conditions, restrictions ou sanctions prévues par la loi ».

 

L'arrêt de la Cour sur ce recours a été publié le 25 octobre 2018. Il donne raison aux jugement et arrêt autrichiens contre l'intéressée. En effet, la Cour motive son arrêt en concluant à l'unanimité « à la non-violation de l'article 10 de la Convention européenne des droits de l'homme» et justifie cette décision par la préservation de la paix religieuse en Autriche ainsi que par le fait «que ces propos n'avaient pas été tenus d'une manière objective contribuant à un débat d'intérêt général (par exemple sur le mariage d'un enfant), mais pouvaient uniquement être compris comme ayant visé à démontrer que Mahomet n'était pas digne d'être vénéré. La Cour souscrit à l'avis des tribunaux nationaux selon lequel Mme S. était certainement consciente que ses déclarations reposaient en partie sur des faits inexacts et de nature à susciter l'indignation d'autrui. Les juridictions nationales ont estimé que Mme S. avait subjectivement taxé Mahomet de pédophilie, y voyant sa préférence sexuelle générale, et qu'elle n'avait pas donné à son auditoire des informations neutres sur le contexte historique, ce qui n'avait pas permis un débat sérieux sur la question. Dès lors, la Cour ne voit pas de raison de s'écarter de la qualification que les tribunaux nationaux ont donnée aux déclarations litigieuses, à savoir celle de jugements de valeur, qualification qu'elles ont fondée sur une analyse détaillée des propos tenus. »

 

N'oublions pas non plus que la Justice autrichienne avait condamné Elisabeth Sabaditsch-Wolff « pour ne pas créer d'émeutes ». Dans son communiqué, la CEDH donne raison à la justice autrichienne reprochant des propos « susceptibles de provoquer une indignation justifiée » et de « menacer la paix religieuse ». La condamnation pour «dénigrement de doctrine religieuse» est en effet prévue par le Code pénal autrichien, qui indique que «quiconque dénigre ou se moque publiquement d'une personne ou d'un objet qui est l'objet du culte d'une église ou d'une communauté religieuse existant en Autriche [...] dans des circonstances où sa conduite est susceptible de causer une nuisance justifiée, est passible d'une peine de prison pouvant atteindre six mois ou d'une amende pouvant atteindre 360 indemnités journalières. »

 

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La Cour européenne des Droits de l'Homme s'est montrée plus qu'ambiguë en l'occurrence !

 

Mais l'arrêt de la Cour européenne est doublement motivé. Elle ne condamne pas la critique de la religion.

 

« La Cour fait observer que ceux qui choisissent d'exercer la liberté de manifester leur religion en vertu de l'article 9 de la Convention ne peuvent s'attendre à le faire à l'abri de toute critique. Ils doivent tolérer et accepter le rejet par autrui de leurs croyances religieuses. Ce n'est que lorsque des déclarations formulées en vertu de l'article 10 outrepassent les limites d'un rejet critique, et assurément lorsque ces déclarations sont susceptibles d'inciter à l'intolérance religieuse, qu'un État peut légitimement les considérer comme incompatibles avec le respect de la liberté de pensée, de conscience et de religion, et prendre des mesures restrictives proportionnées ».

 

C'est donc une décision deux poids deux mesures. D'un côté, la Cour considère que la condamnation de Madame S est conforme parce qu'elle ne viole pas l'article 10 de la CEDH sur la liberté d'expression et de l'autre, elle rappelle qu'on est libre de critiquer toute religion. Donc, c'est en fonction de l'ordre public que Madame S a été condamnée, car son accusation de pédophilie à l'égard d'un personnage qui est décédé depuis mille trois-cents ans est une offense susceptible de troubler la « paix religieuse » !

 

Il est assez symptomatique de voir qui furent les sept juges qui ont adopté cet arrêt à l'unanimité. Le président est un Allemand, les autres juges sont français, Letton, Irlandais, Autrichien, Azerbaïdjanais et Géorgien. Donc, il y avait un juge du pays attaqué (l'Autriche), un juge d'un pays musulman (l'Azerbaïdjan) et un Irlandais, le pays qui s'apprête à abroger le délit de blasphème de sa constitution. Il était donc évident, au vu de la composition de la Cour en l'occurrence qu'on aboutirait à un compromis boiteux.

 

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Ekmelledin Ihsanoglu, ancien secrétaire de l'Organisation de la Conférence Islamique.

 

Boiteux mais dangereux, parce que toutes les organisations islamiques ont bruyamment salué l'arrêt de la CEDH. Notamment l'Organisation de la Conférence Islamique (OCI) par la voie de son ancien secrétaire général, le Turc Ekmelledin Ihsanoglu.

 

Boiteux, mais dangereux. En effet, en limitant la liberté d'expression au nom de la « paix religieuse », la Cour réintroduit implicitement le délit de blasphème. Jusqu'à présent, la paix civile (donc y compris la paix religieuse) est le rôle de l'Etat. L'article 10 de la CEDH – voir plus haut – précise que les restrictions à la liberté d'expression ne peuvent être fixées que par la loi. Quelle loi en Autriche ou dans un quelconque pays européen précise qu'accuser le Prophète musulman de pédophilie est un délit ?

 

La personnalité de Madame Sabaditsch est difficile à défendre au vu de ses attaches notoires avec l'extrême-droite, mais au-delà de sa personne, de ses propos et de ses actes, c'est un principe fondamental qui est mis en cause : va-t-on introduire le délit de blasphème au niveau de l'Europe et de plusieurs de ses pays limitrophes, tout cela pour préserver une illusoire « paix religieuse » ?

 

Tout au long de l'histoire, la lâcheté n'a fait qu'attiser la haine et les conflits. Cette affaire ne fera pas exception.

 

Pierre Verhas

 

Source: http://uranopole.over-blog.com/2018/11/le-blaspheme-est-il-contraire-aux-droits-de-l-homme.html