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À défaut d'autorité, les hommes politiques en vue pratiquent l'autoritarisme. Cette tendance ne fait d'ailleurs que s'accroître et ce, au détriment des institutions démocratiques.

 

Les détenteurs du pouvoir ont de plus en plus tendance à dribbler les institutions chargée du contrôle de la légalité, de la régularité, de la fiscalité. Au contraire, ils tentent de les museler ou de les détourner de leurs fonctions. Ainsi, la Cour des comptes française devient une sorte de gardien des dogmes ultralibéraux. Son premier président « socialiste » ne cesse de proposer des solutions allant dans le sens de l'économie de l'offre et de la privatisation. En Belgique, la Cour des comptes a moins de pouvoir de contrôle, mais il faut reconnaître qu'elle parvient encore à dénoncer les dérives des institutions qu'elle contrôle en publiant de temps à autre des rapports au vitriol. La section administration du Conseil d'Etat belge a été également réduite à sa plus simple expression. Sur le plan de la fiscalité, l'Inspection spéciale des impôts et le Parquet financier sont quasi exsangues, car, au nom de la sacro-sainte austérité, le gouvernement leur a retiré des moyens essentiels. Pourtant, ce ne sont pas les « affaires » qui manquent...

Bref, le pouvoir tente de se débarrasser de ses contre-pouvoirs institutionnels et ce, depuis longtemps.

 

Mais certains hommes politiques vont plus loin. C'est le Parlement qui est visé. Prenons deux exemples : le candidat aux élections présidentielles françaises et ancien ministre du gouvernement de Manuel Valls, Emmanuel Macron et le président de l'Eurozone, ministre des Finances des Pays Bas, Jeroen Djisselnloem.

 

Lisons ce que la journaliste américaine Diana Johnstone écrit sur de Macron (site le « Grand soir »). On comprend mieux la dangerosité du personnage :

 

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Emmanuel Macron : la tentation totalitaire

 

« Il suffit de regarder les couvertures des magazines pour saisir le rôle de Macron dans l'élection actuelle. Son joli minois accompagne une pléthore d'articles triviaux qui célèbrent le Wunderkind comme une vedette du show business. En janvier, la magazine Foreign Policy présentait Macron au public étasunien comme « le politicien français anglophone et germanophile que l'Europe attend ».

Son parcours professionnel ne laisse aucun doute sur les raisons pour lesquelles les médias apprivoisés perçoivent dans cet

Emmanuel-là le Messie de la croissance.

 

Né à Amiens il y a 39 ans, Emmanuel Macron a passé une grande partie de sa vie à l'école. Comme la plupart des dirigeants français, Macron a accumulé des diplômes prestigieux. Il a raté l'ENS (Ecole Normale Supérieure) mais a fait Sciences Po et l'ENA, et fut admis en 2004 à l'Inspection Générale des Finances. A l'IGF il s'est fait remarquer par un homme d'influence, Jean-Pierre Jouyet, qui l'a recommandé à Jacques Attali, le plus spectaculaire des gourous de haut niveau, qui, depuis 35 ans, régale les dirigeants de ses visions futuristes (...). En 2007, Attal a coopté Macron dans sa prestigieuse « Commission pour la libération de la croissance française », chargée par le Président de la République de formuler des recommandations afin de relancer la croissance économique en France.

 

L'objectif principal de ce cénacle de grands patrons était d' « instaurer une nouvelle gouvernance au service de la croissance ».

 

Inutile de souligner que les 40 membres de la commission représentaient les intérêts du grand capital, et pas seulement le capital français. Parmi les voisins invités à formuler la liste de 316 propositions pour remodeler la France se trouvaient la Deutsche Bank et Nestlé. Tout ce beau monde légua au jeune Macron un carnet d'adresses bien rempli.

 

En 2008, sur recommandation d'Attali, Macron est passé à la Banque Rothschild, où il est rapidement devenu millionnaire, grâce à sa commission sur un achat par Nestlé d'un montant de neuf milliards de dollars.

 

Comment expliquer une ascension digne d'un roman de Balzac ? Il était « impressionnant » se souvient Attali. Emmanuel « était très habile, extrêmement apprécié de tous les membres de la commission. Il n'a contrarié personne et s'est créé des relations personnelles et, pour un gamin de cet âge, arriver immédiatement à être visible par 40 personnes puissantes, influentes et qui jugent, c'est un accélérateur de carrière extraordinaire. »

 

Voilà le mot clé de l'ascension sociale : les « relations ».

 

Alain Minc, un autre bon connaisseur des réseaux du pouvoir, commente la réussite de Macron en expliquant qu'un banquier d'affaires doit être intelligent, souple, rapide et charmant – qualités nécessaires pour « un métier de pute ».

 

Macron exprime sa sagesse en petites phrases.

 

« Il faut des jeunes qui aient envie de devenir milliardaires. »

 

Ou bien :

 

« On se fout des programmes ! Ce qui compte c'est la vision ! »

 

Il est clair qu'il possède une vision parfaite des sommets. »

 

« On se fout des programmes... ». Cela est sans doute son point faible.

 

Le gouvernement 49-3

 

C'est donc un cas, le Macron, nommé dès l'élection de François Hollande, conseiller spécial à l'Elysée et puis ministre de l'Economie à la place d'Arnaud Montebourg considéré comme trop à gauche, Emmanuel Macron, qu'on le veuille ou non, est apparu comme l'homme des banques au sein du pouvoir socialiste français. Et, semble-t-il, les banques s'accommodant mal de critiques et contestations, le nouveau ministre a fait sortir deux lois – les lois Macron I et II – au forceps en usant du fameux article 49-3 de la Constitution française.

 

Quel est exactement ce fameux 49-3. Lisons le texte exact figurant dans la Constitution :

 

 

« Le premier ministre peut, après délibération du conseil des ministres, engager la responsabilité du gouvernement devant l'Assemblée nationale sur le vote d'un projet de loi de finance ou de financement de la Sécurité sociale. Dans ce cas, ce projet est considéré comme adopté, sauf si une motion de censure, déposée dans les vint-quatre heures qui suivent, est votée dans les conditions prévues à l'alinéa précédent. Le premier ministre peut, en outre, recourir à cette procédure pour un autre projet ou une proposition de loi par session. »

 

En clair, le conseil des ministres peut décider seul de l'adoption d'une loi sans passer par le Parlement, mais seulement une fois par session parlementaire pour un autre projet de loi.

 

C'est donc un aveu de faiblesse du gouvernement ou c'est tout simplement un mode de gouvernement. Il suffit qu'il use du 49-3 sur des lois « fourre-tout » comme le sont les lois Macron I et II, une fois par session et il évite ainsi que toute sa politique économique et sociale soit débattue au Parlement. Une troisième loi – et pas n'importe laquelle – est passée via le 49-3, c'est la loi « Travail » ou loi dite El Khomri du nom de la ministre française du Travail qui, en réalité, a été inspirée par l'omniprésent Emmanuel Macron.

 

Hollande, dans sa campagne de 2012 avait proclamé que « le 49-3 est un déni de démocratie »... On sait ce qu'il en est advenu.

 

Macron, lui, est plus direct dans la campagne présidentielle. Dans une interview accordée au « Monde » du 4 avril 2017, la question posée est :

 

« Si vous êtes élus, vous dites vouloir une majorité absolue au Parlement et refuser par avance tout accord d'appareil. N'est-ce pas trop orgueilleux ?

 

Réponse : « Non, c'est une condition d'efficacité. (...) Je souhaite une alternance profonde sur le fond comme sur la méthode, avec une orientation politique claire et une majorité politique cohérente. » Et puis, le petit couplet gaulliste : « Nos institutions sont ainsi faites que la présidentielle donne le cap. Nous ne sommes pas un régime parlementaire. »

 

Que se passera-t-il si Macron n'a pas de majorité ? Il élude la question. Et il ajoute : « Si les Français veulent ce changement, ils voteront pour moi et le confirmeront aux législatives. » Ben tiens !

 

Enfin, vient l'intention. « Quelles que soient les situations politiques, notre Constitution a mis en place un parlementarisme raisonné. Prenez l'exemple de 1988-1993. Beaucoup de choses ont été décidées et votées. C'est pour cela que Michel Rocard a autant utilisé le fameux 49-3. »

 

Alors, Emmanuel Macron gouvernera-t-il avec le 49-3 ? « J'assume les instruments qui ont été prévus par la Constitution de 1958. »

 

Le Parlement mis hors jeu

 

Les choses sont donc claires. Laissons à Emmanuel Macron le mérite de l'affirmer avec sincérité. Il gouvernera par décrets et mettra, si nécessaire, le Parlement entre parenthèses. Ce n'est pas l'esprit de la Constitution de 1958 qui ne voulait pas qu'un des pouvoirs bloque les deux autres et qui voulait éliminer ce que de Gaulle a appelé le « régime des partis ».

 

Macron est un homme dangereux...

 

Ici, Macron veut qu'une caste gouverne et qu'il n'y ait pas d'opposition « par souci d'efficacité ». Cela n'est pas du tout pareil. C'est en réalité mettre le politique et ses institutions à la botte du seul Capital. Voilà le programme de Macron. Des journalistes s'en rendent d'ailleurs compte et n'hésitent pas à dire que l'ex ministre de Hollande est un homme dangereux.

 

À Marseille, des électeurs ont quitté son meeting parce qu'ils estimaient qu'il ne leur vendait que du « vent ». Oui et c'est un vent mauvais : celui de l'exploitation, celui du pouvoir absolu des entreprises transnationales dont le candidat chouchou des grands médias n'est que le pâle servant.

 

Et un servant ne peut que faire le lit de la dictature.

 

L'autre apprenti dictateur : Jeroen Djisselbloem, le ministre des Finances social-démocrate des Pays-Bas et jusqu'à présent, président de l'Eurogroupe, l'homme qui a mis la Grèce à genou en bon serviteur de l'ordolibéralisme germanique de Herr Dr Schläube.

 

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Jeroen Djisselbloem doit souvent réajuster sa cravate face aux critiques de plus en plus nombreuses, jusque dans son propre camp.

 

Ce personnage porte de lourdes responsabilités dans la déliquescence de la Grèce voulue et menée par la fameuse Troïka. Il a fait preuve, à l'occasion, d'un zèle inégalé au point qu'il a à un moment interdit au ministre grec des Finances de l'époque de siéger à l'Eurogroupe qui rassemble les 19 pays membres de la zone Euro, dont la Grèce.

 

Rappelons-nous la parole de Jean-Claude Juncker lorsqu'il prit la tête de la Commission européenne : « Il n'y a pas de démocratie en dehors des Traités. ». Or, l'Eurogroupe n'est pas prévu par les sacro-saints Traités, mais est doté d'un pouvoir énorme puisqu'il rassemble tous les « grands argentiers » de la zone Euro. Et comme chacun sait, certain – le sympathique Wolfgang Schäuble – est plus égal que les autres... Pas étonnant que le charmant Jeroen Djisselbloem le suit comme un petit chien...

 

Mais, fort de ce soutien, se croyant intouchable, notre Jeroen n'a pas jugé digne de répondre à une convocation du Parlement européen. En effet, dans une interview au Frankfurter Algemeine Zeitung, l'organe quasi officiel de l'establishment allemand, il avait fait des déclarations pour le moins peu amènes à l'égard des Européens du Sud :

 

« En tant que social-démocrate, je regarde la solidarité [avec les pays en crise] comme essentielle. Toutefois, celui qui exige cette solidarité a également des obligations. Je ne peux pas gaspiller tout mon argent dans l'alcool et avec les femmes et venir ensuite vous demander votre aide. »

 

L'Eurogroupe échappe à tout contrôle.

 

Tollé évidemment, mais Djisselbloem s'en moque. Son mandat court jusqu'en 2018 bien qu'il ne sera certainement plus ministre des Finances dans le prochain gouvernement des Pays-Bas, son parti, le PvdA (Parti du travail social-démocrate à ne pas confondre avec le PTB –PVDA belge...), ayant subi une raclée aux dernières élections ne représentant plus que 5,7 % de l'électorat batave. Drôle de conception de la démocratie dans les institutions européennes...

 

Le comble : Djisselbloem a été invité au Parlement européen à expliquer sa politique à l'égard des pays du Sud de l'Europe. Bien sûr ses déclarations auraient été évoquées. Cependant, il n'a rien trouvé de mieux de répondre au président de l'Assemblée européenne qu'il ne pouvait s'y rendre pour des... questions d'agenda !

 

Dans son article sur cet incident, Ludovic Lamant, le correspondant de « Mediapart » auprès des institutions européennes, explique :

 

« Comme le rappelle Politico mardi, le président de l'Eurogroupe a tout à fait le droit de ne pas se présenter devant le parlement européen, puisque l'Eurogroupe est une structure informelle qui émane du conseil européen (l'institution qui représente les États membres à Bruxelles). À l'inverse, par exemple, du président de la Banque centrale européenne (BCE) qui, lui, est contraint de rendre des comptes aux députés, qu'il le souhaite ou pas. »

 

En effet, l'Eurogroupe n'étant pas prévu par les fameux Traités, il n'est donc pas tenu à faire rapport au Parlement européen. Cela signifie qu'un des plus importants centres de décision européens échappe à tout contrôle. Rappelons que l'Eurogroupe décide de la politique monétaire de la zone Euro.

 

Alors, M. Juncker, comme il n'existe pas de démocratie en dehors des Traités, l'Eurogroupe est donc antidémocratique. Pour une fois, vous auriez raison ! Mais on ne vous entend pas à ce sujet...

 

Qu'il s'agisse d'Emmanuel Macron, de Jeroen Djisselbloem et d'autres, on voit poindre une orientation manifeste vers le totalitarisme, que ce soit au sein de l'Union européenne ou dans des Etats-membres. C'est un totalitarisme sans « homme providentiel », mais avec des servants de la politique financière des entreprises transnationales. Et les responsables des contre-pouvoirs et des corps intermédiaires sont bien timides face à cette dangereuse dérive.

 

Dans l'introduction à son dernier ouvrage « Se débarrasser du capitalisme est une question de survie », Paul Jorion avertit :

 

« L'irritation est à son comble face au manque de direction devenu criant au sommet, les élites autoproclamées se révèlent soucieuses essentiellement de préserver à court terme les privilèges qu'elles se sont accordés. »

On ne peut être plus clair.

 

Pierre Verhas

 

Bron: http://uranopole.over-blog.com/2017/04/les-apprentis-dictateur.html