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Le président français Emmanuel Macron a annoncé mercredi 3 janvier dernier lors de ses vœux à la presse qu'un projet de loi était en préparation pour interdire ce qu'on appelle les « fake news », c'est-à-dire, en français, les fausses nouvelles ou les rumeurs mensongères.

 

Macron estime que par là il faut protéger la « démocratie libérale » qui, sous-entendu, serait menacée par les « fake news » répandues sur Internet. Il vise avant tout des sites d'informations russes comme « Russia today » et « Sputnik ».

 

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Emmanuel Macron signale à la presse qu'il va la museler... Très peu de réactions !

 

Ces sites qui, cela va sans dire, diffusent la propagande de Poutine gênent-ils tellement l'actuel locataire de l'Elysée au point de changer la législation en matière de délit de presse ? Ou bien ce projet s'inscrit-il dans une stratégie occidentale d'isolement de la Russie ? Sans doute les deux, car quand on consulte ces deux plateformes avec le recul critique indispensable, c'est-à-dire en écartant la propagande, on s'aperçoit que les nouvelles et les analyses qui y sont publiées ne sont pas toutes fausses ou manipulées.

 

Le projet de Macron a deux objectifs :

 

Le premier : « Les plates-formes se verront ainsi imposer des obligations de transparence accrue sur tous les contenus sponsorisés, afin de rendre publique l'identité des annonceurs et de ceux qui les contrôlent, mais aussi de limiter les montants consacrés à ces contenus. »

 

Donc, on s'attaque directement aux sites gênant le pouvoir en les soumettant à des contrôles excessifs. Ainsi, ils perdront leur indépendance et d'importantes sources de financement. Si cela n'est pas élaboré pour les faire disparaître, c'est bien imité !

 

Le second : « En cas de propagation d'une fausse nouvelle, il sera possible de saisir le juge à travers une nouvelle action en référé permettant le cas échéant de supprimer le contenu mis en cause, de déréférencer le site, de fermer le compte utilisateur concerné, voire de bloquer l'accès au site internet. »

 

Le retour de l'Inquisition

 

Première question : qu'est-ce qu'une fausse nouvelle ?

 

Deuxième question : est-ce au pouvoir de déterminer si une nouvelle est fausse ou non ?

 

À la première question, il faudra sans doute attendre le texte du projet de loi Macron pour en connaître sa définition. Mais on peut dès à présent se poser une question liminaire : une nouvelle qui dérangerait le pouvoir ne serait-elle dès lors automatiquement inscrite comme « fake news » et par conséquent, lui permettrait de sanctionner celui qui la diffuse ? Et, en définitive ne serait-ce pas là le véritable objectif du projet : faire peser la menace de la sanction sur les journalistes, les écrivains, les blogueurs n'étant pas en odeur de sainteté avec le pouvoir.

 

On ne pratiquerait pas la censure, mais on réprimerait l'auteur de prétendues « fake news ». C'est en revenir à l'ancienne Inquisition. Emmanuel Macron voudrait-il imposer la seule vision de la pensée unique à ceux et celles qui se sont donnés pour mission de diffuser, d'analyser et de critiquer l'information ? On peut le penser.

 

Hélène Védrine, professeure émérite de philosophie de l'Université de Paris I (Panthéon- Sorbonne) définit ainsi l'Inquisition dans son ouvrage Censure et Pouvoir – Trois procès : Savonarole, Bruno, Galilée, L'Harmattan, 2001. :

 

« L'Inquisition est un organe de répression contre toutes les formes de pensée hétérodoxe et on sait qu'à la fin du XVIe siècle l'hétérodoxie est extensible. Pratiquement tous les grands auteurs de la Renaissance sont à l'Index, d'Erasme à Patrici en passant par Pic de la Mirandole et bien d'autres. Cet organe de répression fonctionne à l'intérieur d'un juridisme clos où l'institution se nourrit d'elle-même : secret de l'instruction, secret des accusations, rôle décisif de la torture, lenteur de la procédure. Tout est mis en œuvre pour arriver au but : obliger l'accusé à reconnaître ses « erreurs », à demander le « pardon », à s'humilier devant l'Inquisition. Forme particulièrement barbare du processus de domination idéologique, l'Inquisition cherche à briser l'individu qu'elle retient dans ses prisons. »

 

La répression de toute activité intellectuelle, de toute expression d'idées non conforme à l'idéologie que veut imposer la pouvoir est à nouveau entamée. Le projet Macron sur les « fake news » en est un aspect. Elle se manifeste sous deux aspects : l'inquisition médiatique à l'égard de toute expression non-conforme. Elle revient à humilier, à décrédibiliser l'auteur de toute déviation, toute dérive. L'émission ONPC sur France 2 avec ses deux inquisiteurs de service, aujourd'hui Christine Angot et Yann Moix, deux écrivains médiocres, aigris et donc parfaitement aptes à écraser celles et ceux qui ne plaisent pas.

 

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Christine Angot et Yann Moix, les deux inquisiteurs de l'émission ONPC fort proche du pouvoir macronien

 

Des médias muselés et au service du pouvoir

 

Remarquons aussi que les organes de presse les plus importants sont restés très passifs à l'égard de ce projet d'instaurer un contrôle étatique de l'information. On observe que leur réaction fut non point de s'étonner du projet Macron, mais d'en rajouter avec une étude de la Fondation Jean Jaurès fondée par Pierre Mauroy, le premier Premier ministre de François Mitterrand en 1981 destinée au départ à être un think tank du PS, mais qui a évolué vers le social-libéralisme sous l'influence des partisans de Dominique Strauss-Kahn. Et, comme par hasard, à la fin de l'année dernière, elle a fait paraître une étude sur le « conspirationnisme », l'épouvantail agité devant l'opinion pour dénoncer les auteurs des fameuses « fake news ». Et on trouve au sein du Conseil d'administration l'actuel ministre de l'Intérieur de Macron, Gérard Collomb. Et quelques jours après l'annonce du Président de la République, Libération, qui appartient, comme L'Express, l'Expansion, BFM et RMC au milliardaire Patrick Drahi, , fait la une sur le sujet en titrant son édition du 9 janvier : « Complotisme : le côté obscur de la France ». Le soir même, Europe 1, propriété du milliardaire Arnaud Lagardère consacre un débat au fake news.

 

Récapitulons : le 4 janvier, Macron annonce une nouvelle forme de censure contre les médias ; les jours suivants, son porte-parole va expliquer à ONPC que c'est indispensable pour se protéger, par exemple des groupes terroristes et le 9 janvier, Libération et Europe 1 se penchent en priorité sur le« complotisme », sans aucune critique sur le projet Macron. On dirait vraiment qu'ils adoreraient être censurés, ou tout simplement qu'ils se transforment en organes officieux du pouvoir.

 

L'ennemi : l'hétérodoxie

 

Certes, nous n'en revenons pas à l'Inquisition à l'époque de la Renaissance. Certes, on ne pratique pas la torture, mais les méthodes et les finalités sont identiques : éradiquer par tous les moyens toute forme d'hétérodoxie. Pour preuve, ce qu'écrit sur son blog hébergé par « Mediapart », le philosophe vidéaste Vincent Verschoore :

 

« Les opinions qui diffèrent de celles du groupe sont typiquement ostracisées, leurs auteurs bloqués avec bonnes doses d'insultes par écrans interposés, et cela est vrai dans tous les registres: des groupes féministes à l'extrême-droite ou gauche en passant par, bien sûr, les sites communautaristes et/ou religieux.

 

Et c'est bien là que réside le problème politique: la coexistence d'opinions différentes qui ne se mélangent plus, se radicalisent « naturellement' du fait qu'elles ne s'alimentent que par l'entre-soi, nourri un terreau des plus favorables aux fake news. Je crois, donc je suis, dirait un Descartes désabusé. Peu importe, à l'extrême, la réalité d'une information pour autant qu'elle permette de nourrir, une heure, un jour ou un mois, un imaginaire collectif qui n'a d'autre développement possible que la disparition ou la fuite en avant. »

 

Nous avons tous un besoin vital d'une expression libre et sans entrave à la seule condition qu'elle ne porte pas préjudice, ce qui est prévu depuis longtemps par la loi. Alors, pourquoi l'entraver ? Tout simplement parce qu'un pouvoir totalitaire est en train de subrepticement de s'implanter.

 

A la place des dictateurs classiques

 

Non, ce ne sont plus, comme auparavant, les pronunciamientos brutaux des Franco, Pinochet et autres Jaruzelski, c'est aujourd'hui par la voie élective que le pouvoir totalitaire se met en place. Un président qui a été élu avec seulement 30 % des électeurs inscrits n'a jamais autant « réformé » que ses prédécesseurs. Ainsi, évite-t-il une résistance qui pourrait entraver ses desseins. Et ses desseins, c'est le programme de la Commission Attali commandité par Sarkozy et plus tard, son successeur Hollande. Les conclusions de cette Commission prônant l'installation d'une société ultralibérale n'ont jamais fait l'objet d'un débat sérieux et approfondi sur le plan politique, c'est-à-dire ni au Parlement, ni au sein des partis et mouvements politiques.

 

Pour construire cette société, toute contestation sérieuse doit en être exclue. Il est évidemment impossible d'élaborer un tel système s'il se heurte à une trop importante opposition. Et ce n'est pas un hasard : depuis deux décennies, la plupart des grands organes de presse ont été repris par les groupes financiers les plus importants en dépit du fait que la presse papier est en crise. Personne ne s'est posé la question : quelle est la motivation de milliardaires et de groupes financiers de jeter leur argent dans des entreprises de presse déficitaires ? Les médias audiovisuels, eux aussi, sont depuis longtemps entre les mains des mêmes groupes. Cela n'est donc pas un hasard ! Tout simplement, ils ont pour rôle est de diffuser les mots d'ordre néolibéraux et surtout de museler toute opposition.

 

Et la France n'est pas la seule à envisager de tels projets de musèlement de la Presse. Ainsi, comme l'explique Mike MacKenzie sur son blog lui aussi hébergé par « Mediapart » :

 

« L'information, la vie intellectuelle, les idées... forment un marché qui, comme tous les marchés, fonctionne d'autant mieux qu'il est libre. Tout marché qui commence à subir des distorsions, que ce soit par l'encadrement des prix, la distribution de subventions, un numerus clausus ou diverses autres réglementations, est un marché faussé qui génère tôt ou tard le mécontentement de ses acteurs.

 

Il en va de même dans le domaine des idées. À partir du moment où il est question d'encadrer certaines idées, d'en interdire d'autres et de favoriser certains thèmes, on débouche inéluctablement sur une vie intellectuelle en route pour l'appauvrissement.

 

Cette propension a vouloir éradiquer les fake news et les organes de presse ou sites internet qui les diffusent arrive au moment précis où les médias traditionnels, comme bien d'autres secteurs d'activité, se trouvent confrontés à une révolution technologique qui modifie complètement la pratique du métier. La généralisation du numérique dans nos vies a permis l'apparition de nouveaux acteurs de l'information qui entrent en concurrence directe avec eux. »

 

Donc, ce qu'on appelle la révolution numérique, vient à peine de commencer que les pouvoirs économiques et politiques s'en mêlent pour tenter de la dominer. Ainsi, par exemple, la suppression de la « neutralité » d'Internet verra, si elle s'étend, l'impossibilité matérielle d'organiser une réelle opposition à la pensée dominante. Heureusement, il y a jusqu'à présent une résistance efficace qui permet de préserver la « toile » comme espace de liberté.

 

L'exclusion du peuple

 

Pour conclure, et c'est le plus aberrant : les pouvoirs totalitaires ont tous eu un relatif soutien populaire faute de quoi ils n'auraient pu tenir. Hitler et Mussolini ont eu de nombreux partisans, Pinochet bénéficiait de l'appui d'une frange importante du peuple chilien. De même, Staline a été adoré sinon idolâtré par une part significative du peuple en Union soviétique. Aujourd'hui, la popularité n'a plus aucune importance. La maîtrise des technologies et l'anonymat du réel pouvoir – bien malin, par exemple, qui peut donner les noms des dirigeants des entreprises transnationales – ont pris la place des dictateurs « classiques » et n'ont nul besoin de cet encombrant peuple.

 

Comme l'écrit Viktor Dedaj , le directeur du site « Le Grand Soir » :

 

« La Vérité, comme la Démocratie, ne nous sera pas offerte en cadeau. Non, la Vérité, comme la Démocratie, il va falloir la leur arracher. Et quelque chose me dit qu'ils n'ont pas l'intention de se laisser faire. »

 

Aux armes, citoyens !

 

Pierre Verhas

 

Bron: http://uranopole.over-blog.com/2018/01/vers-la-fake-democratie.html