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Delen van artikels

 

Le « Canard enchaîné » de ce mercredi 28 janvier 2015 a sorti des oubliettes une ancienne missive signé d’Alexis Tsipras et adressée à François Hollande à suite de son élection à la présidence de la République française en mai 2012. Il y était écrit: « Permettez-moi de vous féliciter pour votre succès aux élections présidentielles françaises ainsi que pour votre prise de fonction. Nous souhaitons partager avec vous votre joie, car nous espérons que le résultat électoral obtenu par votre parti en France et celui réussi par la gauche en Grèce nous entraîneront vers une Europe sociale exempte des mesures d’austérité rigoureuses et des exigences strictes du pacte financier, dont la réponse se trouve au cœur de votre programme et dans celui des forces de gauche...

Monsieur le Président de la République, vous êtes bien entendu informé du fait qu’actuellement le peuple grec vit ce que nous pouvons communément appeler un « holocauste social ». Cependant, le résultat électoral fait par notre parti Syriza et la gauche grecque plus généralement, prouve que le peuple grec est déterminé à prendre da vie en main et à changer son destin (…).

Monsieur le Président, après avoir observé de près votre campagne électorale, permettez-moi de vous déclarer que nous comptons sur votre solidarité et votre soutien au peuple grec.

Par conséquent, je souhaite organiser une rencontre à Paris le plus rapidement possible afin d’échanger nos points de vue sur la manière la plus efficace qu’a l’Europe de faire face à cette crise dont la Grèce est – jusqu’à présent – l’un des fronts les plus critiques. »

Cette missive est restée sans réponse et aujourd’hui, Hollande invite (convoque ?) Tsipras à se rendre à Paris le plus rapidement possible ! Il est vrai que celui qu’on surnomme « Flamby » doit éventuellement songer, à appliquer après les élections grecques – ne fût-ce qu’une petite partie – de la politique pour laquelle il a sollicité les suffrages des Français, en plus de sa visite au gotha financier – ses soi-disant ennemis – à Davos !

Ces contradictions présentées par les médias comme les meilleures méthodes pour défendre et illustrer une politique à long terme finissent par lasser et contribuent à attiser le feu de la révolte devant la seule croissance réelle : celle de la misère.

La misère est le fléau que l’on cherche à cacher par tous les moyens. Cette misère que l’on cherche même à nier. Et elle n’est la cause de rien, puisqu’elle n’existe pas !

La haine et la misère

Dans la livraison de « Libération » du 28 janvier, Laurent Joffrin conclut son éditorial consacré au parcours du terroriste Amedy Coulibaly – l’assassin de la policière à Montrouge et des clients de l’hypercasher de la Porte de Vincennes : « La bataille contre le terrorisme est donc politique, religieuse, théologique même, au sein d’un islam partagé entre les lectures modernes et rigoristes, entre ceux qui acceptent l’adaptation à la vie démocratique – la grande majorité fort heureusement – et les autres qui la refusent. En un mot, la misère compte. Mais l’idéologie beaucoup plus. »

Donc, la misère sociale n’est plus qu’un facteur secondaire dans la dérive terroriste. Voilà ce que nous enseigne un des champions de la pensée unique.

On considère qu’elle est un facteur secondaire dans la situation catastrophique de la Grèce qui est devenu le pays le plus pauvre de l’Union européenne par la volonté de la fameuse Troïka.

Eh bien ! C’est en cela que la tragédie de Charlie Hebdo et le bouleversement politique en Grèce sont liés.

Affirmer que la misère n’est pas une des causes majeures du terrorisme est absurde. La misère dans laquelle les peuples arabes sont plongés avec en plus la guerre permanente menée par les « puissances » depuis des lustres forment le terreau du terrorisme bien plus que la religion. Le terrorisme est une arme utilisée par les dictatures pétrolières dont les soldats sont recrutés sous la bannière de l’Islam dans les populations miséreuses du monde arabe. En l’occurrence, la religion est instrumentalisée.

Quant à la Grèce, les médias ont d’abord présenté Syriza comme un parti irresponsable. Ils disent : vous verrez : Alexis Tsipras sera de toute façon obligé de s’aligner ; Christine Lagarde, la spécialiste du féminisme discret d’Arabie saoudite et accessoirement directrice générale du FMI, déclare du haut de la station de Davos : « Une dette, cela se rembourse ! ». Juncker, lui, menace les Grecs mais aussi les Français. En effet, François Hollande semble commencer à comprendre qu’il devra changer son fusil d’épaule et reconsidérer ses relations d’amour-haine avec la finance.

Paul Jorion : on savait très bien que la Grèce ne respecterait pas les conditions pour rentrer dans la zone euro.

Devant cette confusion savamment entretenue par les grands médias, il vaut mieux se référer à des spécialistes à l’esprit indépendant comme Paul Jorion qui, dans un entretien avec l’économiste Roland Gillet paru dans la Libre Belgique du 3 janvier 2015 , fait l’historique de la catastrophe annoncée de la Grèce : « On a fait entrer la Grèce en sachant très bien qu’elle ne respectait pas les conditions pour entrer dans la zone euro. On l’a fait pour des raisons politiques en laissant la Grèce faire un arrangement avec Goldman Sachs via un faux ‘swap’ de changes, ce qui a permis à la Grèce de cacher la situation dans laquelle elle était. On continue de payer les conséquences de cela. Ceci dit, la Grèce n’est pas particulièrement responsable de la situation dans laquelle on est. On a une zone euro, une monnaie, fondée sur un système fédéral et ce système fédéral n’a jamais existé car nous sommes dans un système semi-fédéral en l’absence d’unification fiscale, d’autorités pour décider ce qu’il faut faire. Dès lors, c’est M. Draghi qui intervient de temps en temps, qui s’impose comme un pseudo-président de l’Europe, ce qui met le président de la Bundesbank de mauvaise humeur. On a une structure qui ne correspond pas à ce qu’il fallait faire et un système qui marche à moitié, car il n’a été construit qu’à moitié. […] Le système reste d’une grande fragilité. Et le moindre éternuement - une élection ici ou là - peut conduire cette structure européenne au bord du précipice. »

En résumé :

1) « on » a accepté pour des raisons politiques que la Grèce triche avec la complicité de Goldman Sachs – qui n’ pas fait cela pour rien – du temps du gouvernement de droite, le gouvernement socialiste de George Papandréou n’a fait que suivre.

2) « On » fait porter le chapeau à la Grèce qui n’est pas spécialement responsable de la situation.

3) « On » a fait une zone euro basée sur un système fédéral qui n’existe pas : il n’y a pas d’harmonisation fiscale et il n’y a pas une autorité politique pour avoir une politique monétaire, comme cela se passe dans n’importe quel Etat indépendant.

4) Le seul « patron » de l’Europe est donc Draghi, le président de la BCE qui ne rend des comptes à personne, puisque son institution est non seulement indépendante, mais aussi privée.

Résultat : le système ne fonctionne pas et la Grèce est devenue le laboratoire des remèdes de choc de la très ultralibérale Troïka qui n’a fait qu’aggraver dramatiquement la situation.

Aussi, il n’est pas étonnant que malgré les campagnes de dénigrement menées à partir de Berlin et de Bruxelles, Syriza l’ait emporté. Et ce n’est pas « un transfert de voix au sein de la gauche » comme l’a affirmé le très libéral Didier Reynders dimanche midi sur RTL-TVI qui devient de plus en plus « Radio Télé Didier Reynders ». C’est une lame de fond qui a touché toutes les classes sociales en Grèce. Et ce mouvement pourrait s’étendre dans d’autres pays européens, comme l’Espagne.

Alexis Tsipras s’adresse aux Allemands.

Pour suivre, lisons ce qu’écrit Alexis Tsipras lui-même dans un courrier daté du 25 janvier, jour des élections grecques, adressé aux lecteurs du magazine économique allemand « Handelsblatt ».

« Chers lecteurs de Handelsblatt,

Je sais d’avance que la plupart d’entre vous ont probablement une opinion déjà formée sur le contenu de cette lettre. Je vous invite, cependant, à la lire sans préjugés. Les préjugés n’ont jamais été un bon conseiller, et encore moins à un moment où la crise économique les renforce, en entretenant l’intolérance, le nationalisme, l’obscurantisme, et même la violence.

Avec cette lettre ouverte, je souhaite vous exposer un récit différent de celui qui vous a été fait au sujet de la Grèce depuis 2010. Et je tiens aussi et surtout à exposer avec franchise les projets et les objectifs de SYRIZA, si le 26 Janvier par le choix des électeurs devient le nouveau gouvernement grec.

Un grand prêt nuisible et inutile : vers une tragédie

En 2010, l’État grec a cessé d’être en mesure de servir sa dette. Malheureusement, les dirigeants européens ont décidé de faire croire que ce problème pourrait être surmonté par l’octroi du plus grand prêt jamais consenti à un état, sous condition que certaines mesures budgétaires seraient appliquées, alors que celles ci, manifestement, ne pouvaient que diminuer le revenu national destiné au remboursement des nouveaux et anciens prêts. Un problème de faillite a été donc traité comme s’il s’agissait d’un problème de liquidité. En d’autres termes, l’attitude adoptée, était celle du mauvais banquier qui, au lieu d’admettre que le prêt accordé à la société en faillite a « sauté », il lui accorde des prêts supplémentaires, prétextant que les anciennes dettes restent servies et prolonge ainsi la faillite à perpétuité.

Il s’agissait pourtant d’une question de bon sens de voir que l’application de la doctrine «extend and pretend» [étendre les maturités de la dette et prétendre que payer les intérêts ne pose aucun problème] dans le cas de mon pays aboutirait à une tragédie. Qu’au lieu de stabiliser la Grèce, l’application de ce dogme installerait une crise auto-alimentée qui sape les fondations de l’UE.

Nos partenaires nous ont donné beaucoup plus d’argent qu'il ne fallait !

Notre parti, et moi-même, nous nous sommes opposés à l’accord de prêt de mai 2010, non pas parce que l’Allemagne et nos autres partenaires ne nous ont pas donné assez d’argent, mais parce que vous nous avez donné beaucoup plus d’argent que ce qu’il fallait et que nous pouvions accepter. De l’argent qui par ailleurs ne pouvait ni aider le peuple grec puisqu’il disparaissait aussitôt dans le trou noir du service de la dette ni arrêter l’alourdissement continu de celle-ci, obligeant de la sorte nos partenaires prolonger ce fardeau à perpétuité aux frais des citoyens.

Et cette vérité était bien connue par les gouvernants allemands, mais ils n’ont jamais voulu vous la dévoiler.

Résultats : la dette et la réduction drastique des dépenses ont conduit le peuple grec vers la misère.

Et en effet, et avant même que la première année ne se soit écoulée et depuis 2011, nos prévisions ont été vérifiées. L’enchaînement des nouveaux prêts aux réductions drastiques des dépenses a non seulement échoué à dompter la dette, mais il a par surcroît puni les citoyens les plus faibles, en transformant les citoyens ordinaires qui avaient un emploi et un toit à des chômeurs sans-abri qui ont tout perdu, de plus, leur dignité.

L’effondrement des revenus a conduit à la faillite de milliers d’entreprises, augmentant ainsi le pouvoir oligopolistique des entreprises qui ont survécu. De ce fait, les prix diminuaient moins que les revenus tandis que les dettes, publiques et privées, ne cessaient de s’alourdir. Dans ce contexte, où le déficit d’espoir a dépassé tous les autres déficits «l’œuf du serpent » n’a pas mis longtemps pour éclore – et les néo-nazis ont commencé à patrouiller les quartiers en semant la haine.

On a financé une nouvelle « kleptocratie » !

Malgré son échec manifeste, la logique de «extend and pretend» continue à s’appliquer systématiquement encore aujourd’hui. Le deuxième accord de prêt de 2012, a ajouté une charge supplémentaire sur les épaules affaiblies de l’état grec, en réduisant les fonds de pension, en donnant un nouvel élan à la récession, en finançant aussi une nouvelle kleptocratie avec l’argent de nos partenaires.

La récession est loin d’être finie.

Des commentateurs sérieux ont parlé récemment de stabilité et même de croissance à propos de mon pays pour « prouver » que les politiques appliquées ont été efficaces. Aucune analyse sérieuse ne soutient cette «réalité» virtuelle. L’augmentation récente de 0,7% du revenu national réel ne marque pas la fin de la récession mais sa poursuite, puisqu’elle a été réalisée dans une période d’inflation de 1,8%, ce qui signifie que (en euros) le revenu national a continué de baisser. Simplement, il diminue moins que la moyenne des prix – tandis que les dettes augmentent.

Cet effort de mobilisation des «statistiques grecques», pour démontrer que l’application de la politique de la troïka est efficace en Grèce, est outrageant pour tous les européens qui ont enfin le droit de connaître la vérité.

Et la vérité est que la dette publique grecque ne peut pas être honorée tant que l’économie sociale grecque se trouve en situation de simulation de noyade budgétaire (fiscal waterboarding).

En outre, persévérer dans ces politiques misanthropes et sans issue, dans le refus de reconnaître une simple question d’arithmétique, coûte au contribuable allemand et condamne en même temps un peuple fier à l’indignité. Et le pire: de cet fait, les Grecs se retournent contre les Allemands, les Allemands contre les Grecs, et l’idée d’une Europe Unie Démocratique est offensée cruellement.

Nous exigeons la fin du dogme « extend and pretend ».

L’Allemagne, et plus particulièrement le contribuable allemand qui travaille dur n’a rien à craindre d’un gouvernement SYRIZA. Au contraire. Notre objectif n’est pas d’entrer en conflit avec nos partenaires. Notre objectif n’est pas d’obtenir des prêts supplémentaires ou un blanc-seing pour de nouveaux déficits. Notre objectif est la stabilité économique, des budgets primaires équilibrés et, bien sûr, la cessation des saignées fiscales opérées sur les contribuables depuis quatre ans par un accord de prêt inadéquat aussi bien pour la Grèce que pour l’Allemagne. Nous exigerons la fin de l’application du dogme «extend and pretend» non pas contre le peuple allemand, mais pour le bénéfice de nous tous.

Je sais, chers lecteurs, que derrière les demandes d’une «stricte application des accords» se cache la peur que « si nous laissons les Grecs de faire ce qu’ils veulent, ils vont refaire le même coup». Je comprends cette inquiétude. Mais ce n’était pas SYRIZA qui a érigé en institutions dans mon pays la collusion des intérêts privés et la kleptocratie qui feignent de se soucier de l’observation «des accords» et des réformes puisque celles ci ne les affectent pas, comme le démontrent les quatre dernières années des réformes engagées par le gouvernement Samaras sous la direction de la troïka. Nous, nous sommes prêts à entrer en conflit avec ce système afin de promouvoir des réformes radicales au niveau du fonctionnement de l’état, en établissant la transparence de l’administration publique, la méritocratie, la justice fiscale, la lutte contre le blanchissement d’argent. Ce sont ces réformes que nous soumettons à l’appréciation des nos citoyens aux prochaines élections.

Vers un « New Deal »

Notre objectif est la mise en place d’un New Deal pour l’ensemble de la zone euro qui permettra aux grecs comme à l’ensemble des peuples européens de respirer, de créer, de vivre avec dignité. Avec une dette publique socialement viable. Avec une croissance qui est stimulée par des investissements publics financés – seul moyen de sortir de la crise – et non pas par la recette échouée de l’austérité qui ne fait que recycler la récession. En renforçant la cohésion sociale, la Solidarité et la Démocratie.

Le 25 Janvier en Grèce, une nouvelle opportunité surgit pour l’Europe. Ne ratons pas cette chance ».

Ainsi, Alexis Tsipras et Yanis Varoufakis son ministre des finances et de l’économie n’ont pas tardé. Ils ont pris contact avec les autorités européennes et ont été très clairs : selon « Mediapart »,

1) La Grèce doit obtenir, auprès des Européens et du FMI, un moratoire sur le paiement de ces intérêts, pour pouvoir se passer des dernières tranches d'aide de la Troïka. Et qu'elle lance très vite, dans la foulée, des négociations pour étaler, ou annuler, une partie de sa dette, pour faire face au mieux aux remboursements à effectuer tout au long de 2015 (la première échéance intervient dès la mi-mars, pour 4,5 milliards d'euros auprès du FMI).

2) D'après Gabriel Colletis, un professeur d'économie à Toulouse-1, partisan de Syriza, « le paiement des intérêts de la dette constitue le premier poste budgétaire, cela représente 20 à 25 % des dépenses de l'État aujourd'hui ». Autant d'argent qui, dans l'hypothèse – loin d'être acquise – d'un moratoire, pourrait servir à financer les mesures du « programme de développement » promis aux Grecs – et notamment les premières annonces de mercredi (hausse du salaire minimum, suspension de certains programmes de privatisation, aide aux plus démunis, etc.). Etant donné les échéances, il faudra élaborer un accord entre l’UE et la Grèce très rapidement.

Cela dit, le gouvernement Tsipras est loin de plaire à Bruxelles : il s’est opposé à des nouvelles sanctions contre la Russie et le nouveau Premier ministre laisse entendre qu’il appliquera son programme avec les premières mesures qu’il a prises : relèvement du SMIC et réembauche de 6.000 fonctionnaires licenciés sous la Troïka. D’ailleurs, cette volonté apparaît nettement dans la lettre aux lecteurs du « Handelsblatt ».

Du côté de Bruxelles, Juncker ne veut en aucune façon parler d’un effacement de la dette grecque. Ce n’est pas ce que les Grecs demandent : ils veulent un moratoire sur le paiement des intérêts de la dette, c’est donc un délai et non une annulation.

Les sociaux-démocrates se cherchent une nouvelle virginité.

Une autre pièce du dossier doit être mise en avant : c’est l’attitude des sociaux-démocrates. En France, François Hollande veut servir d’intermédiaire entre Merkel et Tsipras et invite ce dernier à se rendre à Paris. Au Parlement européen, son président, le social-démocrate Martin Schultz est le premier dirigeant européen à s’être rendu à Athènes. Enfin, Gianni Pitella, membre du parti démocrate du Premier ministre italien Matteo Renzi et chef du groupe social-démocrate au Parlement européen a publiquement marqué son enthousiasme pour Syriza.

Il est clair que les sociaux-démocrates constatant le grand succès des formations comme Syriza cherchent à se refaire une virginité à gauche. Néanmoins, iront-ils jusqu’à accepter de mettre un peu de souplesse dans l’application du TSCG, on est encore loin de la coupe aux lèvres, d’autant plus que Juncker a menacé de sanctions la France et l’Italie pour non respect des normes budgétaires.

Du côté des pays du Sud, Syriza ne doit pas attendre trop de soutien étant donné que l’Espagne et le Portugal sont dirigés par des conservateurs. Et la gauche n’est pas prête de revenir au pouvoir à Lisbonne, étant donné que son leader, Socrates, est en prison ! En Espagne, Podemos pourra-t-il emporter une victoire de l’ampleur de Syriza ? C’est loin d’être acquis. Podemos est issu du mouvement des Indignés et ne compte pas en son sein des politiques et des économistes aguerris et le PSOE (sociaux-démocrates) n’est pas laminé comme le PASOK.

Merkel déforcée

Pour la première fois, Angela Merkel est déforcée. La victoire de Syriza ébranle son système ordolibéral. La grande coalition a beau répéter que la Grèce doit rembourser sa dette – ce que ne conteste pas Tsipras – la crainte de Merkel est de voir à terme des formations comme Syriza apparaître un peu partout en Europe et les deux pays dirigés par les sociaux-démocrates – la France et l’Italie – donnent des signes de changement d’attitude et les menaces de Juncker n’arrangent certainement pas les choses.

Même l’hebdomadaire ultralibéral britannique The Economist marque son inquiétude : « La déflation s'installe, ce qui alourdit encore le fardeau de la dette, malgré l'austérité budgétaire. (…) Si Madame Merkel continue de s'opposer aux efforts pour relancer la croissance, et pour freiner la déflation dans la zone euro, elle condamnera l'Europe à une décennie perdue, plus grave encore que celle qu'a traversée le Japon dans les années 1990. Cela ne manquerait pas de provoquer des sursauts populistes bien plus plus massifs, à travers toute l'Europe. Il est difficile de voir comment la monnaie unique pourrait alors survivre dans de telles circonstances. L'Allemagne elle-même en serait le grand perdant. »

Syriza : ça passe ou ça casse !

Ces propos sont nouveaux pour l’hebdo de la City. Angela ferait bien d’en tenir compte. Elle a toutes les cartes en main.

Dès lors, Tsipras doit franchir l’obstacle des autres pays européens endettés (Espagne, Portugal, Irlande) qui vont tout faire pour ne pas appuyer Syriza. Il doit rassurer Merkel, Hollande, Renzi, Michel dont les pays sont les principaux créanciers de la Grèce.

A l’intérieur, il a aussi des échéances : si les Grecs ne voient pas un changement rapide, Syriza pourrait mordre la poussière. Donc, Syriza, ça passe ou ça casse.

Mais, Alexis Tsipras en est parfaitement conscient. Ses adversaires croient qu’il est joueur de poker. Non, il montre qu’il est un joueur d’échecs.

Pierre Verhas - (publié antérieurement sur http://uranopole.over-blog.com le) 1 février 2015