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« Mon message aux libéraux et aux conservateurs : en restant les bras croisés pendant que le mastodonte autoritaire de Trump déferle sur Julian Assange, le condamnant à être mort vivant pour avoir publié la vérité, vous abandonnez vos propres traditions et réputation philosophique »

Ainsi s’exprime l’ancien ministre des Finances grec Yanis Varoufakis. Il rappelle à ceux qui se réclament du libéralisme – cette doctrine bourgeoise défendant le système capitaliste mais se voulant héritière des Lumières mais qui s’est fourvoyée dans le néolibéralisme de plus en plus autoritaire promoteur du capitalisme sauvage défendant uniquement la classe des possédants.

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Yanis Varoufakis accompagnant John Bishop, le père de Julian Assange après l'avoir visité à la prison de Belmash.

De son côté, dans la livraison du 24 février, le jour de l’ouverture du procès en extradition de Julian Assange (voir Uranopole : http://uranopole.over-blog.com/2020/02/julian-assange-la-fin-de-la-route-i-un-proces-truque.html) du quotidien en ligne « Mediapart », son directeur Edwy Plenel rappelle à juste titre cette dérive du libéralisme qui avait déjà été dénoncée par George Orwell dès 1945 !

« Le sort judiciaire de Julian Assange se joue en Grande-Bretagne, le pays de George Orwell, l’auteur anti-autoritaire de 1984. « L’un des phénomènes propres à notre époque est le reniement des libéraux », soulignait-il dans sa préface de 1945, longtemps inédite, à La Ferme des animaux, où il s’alarmait de « l’affaiblissement général de la tradition libérale occidentale ». Le constat vaut, ô combien, pour notre siècle débutant où le libéralisme politique a été défait par un libéralisme autoritaire, imposant au plus grand nombre la loi d’airain de l’argent et de la marchandise, en ayant réussi à mettre la puissance étatique au service d’une petite minorité de privilégiés. »

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Le bon sens et la lucidité de George Orwell sont proverbiaux !

Parler de liberté n’a de sens qu’à condition que ce soit la liberté de dire aux gens ce qu’ils n’ont pas envie d’entendre.

Secondement, avec l’affaire Assange se pose la question fondamentale de la liberté de la presse qui, elle, est posée depuis… 1644 ! Edwy Plenel ajoute :

« En décembre 1944, alors qu’il écrivait cette préface, Orwell avait assisté à une réunion du PEN Club organisée pour célébrer le tricentenaire d’Areopagitica, le premier texte ayant radicalement défendu la liberté d’informer, sans entrave ni censure. Sous-titré A Speech For the Liberty of Unlicens’d Printing, il est connu dans notre langue sous l’intitulé Pour la liberté d’imprimer sans autorisation ni censure. Datant de 1644, cette adresse au Parlement anglais trouva son premier traducteur français fin 1788, quelques mois avant le début de la Révolution française. Ce n’était autre que l’un de ses principaux orateurs à venir, le comte de Mirabeau. Sur la liberté de la presse, imité de l’Anglais de Milton est accompagné sur sa couverture, en deux versions, anglaise et française, de cette citation extraite du livre : « Tuer un homme, c’est détruire une créature raisonnable ; mais étouffer un livre, c’est tuer la raison elle-même. »

Et ces idées exprimées par Milton sont le pilier des révolutions modernes – anglaise, américaines, française et haïtienne – dont les fondements sont aujourd’hui menacés.

« Quant au texte de Milton, il se termine par une défense de la liberté de la presse comme sauvegarde face aux erreurs qui sont « aussi communes dans les bons gouvernements que dans les mauvais » : « Car, quel est le magistrat dont la religion ne puisse être surprise, surtout si l’on met des entraves à la liberté de la presse ? » Cette fraîcheur nous vient d’une révolution, la première des révolutions politiques modernes, précédant l’enchaînement des révolutions américaine, française et haïtienne. C’est celle qui, de 1642 à 1660, avec une éphémère république et l’exécution d’un roi, ouvrit l’horizon d’un libéralisme politique radical, à rebours des monarchies absolues, des bonapartismes impériaux et des césarismes républicains.

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John Milton (1608 - 1674) fut le premier à introduire la notion de la liberté de la presse.

Plus connu de nos jours pour son œuvre de poète, l’un des plus grands en langue anglaise, notoirement célèbre pour Le Paradis perdu, John Milton en fut pleinement acteur, l’un de ses publicistes les plus actifs et les plus radicaux. On lui doit d’ailleurs, en 1642, deux ans avant son plaidoyer pour une radicale liberté d’informer, de publier et de diffuser, cette lucidité prophétique, parfois reprise dans le mouvement des « gilets jaunes » français face aux violences policières : « Ceux qui ont crevé les yeux du peuple lui reprochent d’être aveugle. »

Là aussi, Plenel montre un autre aspect de la dérive de nos régimes « libéraux » : la répression des manifestations de la liberté d’expression par la violence, les entraves à la liberté de la presse – notamment par l’interdiction de filmer les exactions policières lors des manifestations de gilets jaunes et de syndicalistes –, presse étant de plus en plus entravée par le pouvoir et soumise au pouvoir financier des milliardaires.

Le patron de « Mediapart » conclut :

« Or l’un des principes défendus par Orwell dans sa préface longtemps méconnue, exhumée en 1995 pour le cinquantième anniversaire d’Animal Farm, est entré en 1976 dans le droit européen, avec l’arrêt Handyside de la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH). Il stipule que la liberté d’expression « vaut non seulement pour les informations ou les idées accueillies avec faveur, ou considérées comme inoffensives ou indifférentes, mais aussi pour celles qui heurtent, choquent ou inquiètent l’État ou une fraction quelconque de la population ». « Ainsi le veulent, concluait la CEDH, le pluralisme, la tolérance et l’esprit d’ouverture sans lesquels il n’y a pas de société démocratique. » Avec les révélations de Wikileaks, Julian Assange a servi ces principes démocratiques.

Sans s’embarrasser de juridisme, Orwell avait fait plus court et plus direct : « Parler de liberté n’a de sens qu’à condition que ce soit la liberté de dire aux gens ce qu’ils n’ont pas envie d’entendre. » Répondant par avance à d’éventuels contradicteurs, il s’était contenté d’une citation en guise de justification. C’était un vers de Milton, le poète : « By the known rules of ancient liberty ». Littéralement : « Par les règles connues de l’ancienne liberté. »

Les crimes de Julian Assange

Nous l’avons déjà écrit à plusieurs reprises : George Orwell fut un visionnaire. Il avait compris avant tout le monde le mécanisme totalitaire qui consiste à neutraliser toute entrave à sa marche vers la domination totale. Et le journalisme – le vrai, pas celui des godillots de la presse mainstream – consiste tout simplement à chercher la vérité et à la rapporter après avoir recoupé toutes les informations.

C’est ce qu’a fait Assange qui – en plus – a compris avant tout le monde le parti à prendre des nouvelles technologies de l’information comme celle des réseaux. En cela, il a innové et a rendu le journalisme plus efficace. C’est là son crime.

John Pilger a fait la synthèse des « crimes » reprochés à Assange. John Pilger est un journaliste australien, correspondant de guerre depuis la guerre du Vietnam, et qui rapporte des faits qui souvent ne sont pas conformes aux canons de la presse mainstream qui le considère comme un affabulateur, notamment sur la guerre en Syrie.

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John Pilger journaliste australien et militant des droits fondamentaux s'est mobilisé depuis longtemps pour la défense de Julian Assange.

Voici ce qu’il a dit à Sidney dans un discours le 6 mars 2019 :

« En tant que fondateur et rédacteur en chef de Wikileaks, son crime a été de jeter une lumière sur cette période sombre. Wikileaks a un bilan impeccable en termes de précision et de véracité, qu’aucun journal, aucune chaîne de télévision, aucune station de radio, aucune BBC, aucun New York Times, aucun Washington Post, aucun Guardian ne peut égaler. De fait, ils en sont humiliés.

Cela explique pourquoi il est puni.

Par exemple :

La semaine dernière, la Cour internationale de Justice a statué que le gouvernement britannique n’avait aucun pouvoir légal sur les habitants des îles Chagos qui, dans les années 1960 et 1970, ont été expulsés en secret de leur terre natale sur Diego Garcia dans l’océan Indien et envoyés en exil vers la misère. D’innombrables enfants sont morts, beaucoup d’entre eux de tristesse. Ce fut un crime épique que peu de gens connaissaient.

Depuis près de 50 ans, les Britanniques refusent aux insulaires le droit de retourner dans leur pays d’origine, qu’ils avaient donné aux Américains pour y installer une base militaire importante.

En 2009, le ministère britannique des Affaires étrangères a concocté une "réserve marine" autour de l’archipel des Chagos.

Cette émouvante préoccupation pour l’environnement fut révélée comme une supercherie lorsque WikiLeaks a publié un câble secret du gouvernement britannique rassurant les Américains que "les anciens habitants auraient du mal, voire impossible, à faire valoir leur demande de réinstallation sur les îles si l’archipel des Chagos était une réserve marine".

La vérité du complot a clairement influencé la décision capitale de la Cour internationale de Justice.

WikiLeaks a également révélé comment les États-Unis espionnent leurs alliés, comment la CIA peut vous surveiller sur votre iPhone, comment la candidate à la présidence Hillary Clinton a empoché d’énormes sommes d’argent de Wall Street pour des discours secrets qui ont rassuré les banquiers que si elle était élue, elle serait leur amie.

En 2016, WikiLeaks a révélé un lien direct entre Clinton et le jihad organisé au Moyen-Orient : en d’autres termes, les terroristes. Un courriel révélait que lorsque Mme Clinton était secrétaire d’État américaine, elle savait que l’Arabie saoudite et le Qatar finançaient l’État islamique, mais elle a accepté des dons énormes des deux gouvernements pour sa fondation.

Elle a ensuite approuvé la plus importante vente d’armes au monde jamais réalisée à ses bienfaiteurs saoudiens : des armes qui sont actuellement utilisées contre les populations du Yémen.

Cela explique pourquoi il est puni.

WikiLeaks a également publié plus de 800 000 documents secrets en provenance de Russie, y compris du Kremlin, qui en disent plus sur les machinations du pouvoir dans ce pays que l’hystérie fallacieuse de la pantomime du Russiagate à Washington. »

À la lecture de cette liste, on peut comprendre que l’establishment ait une forte envie de se débarrasser de ce gêneur d’Assange !

« Daesh, ce sont les Américains ! »

Remarquons quelques points : le financement de Daesh – soi-disant l’ennemi numéro 1 au Proche Orient – est pour le moins approuvé par Hillary Clinton alors secrétaire d’Etat à Washington. Cela me rappelle une discussion avec un dirigeant palestinien à Bethlehem qui n’a pas hésité à me dire : « Daesh ? Ce sont les Américains ! » J’étais quelque peu choqué, mais je finis par penser qu’il a raison ! Et n’oublions pas la vente des armes aux Saoudiens qui commettent d’abominables crimes contre l’humanité au Yemen dans la quasi-indifférence générale. Et on peut multiplier les entorses au droit international autant qu’on le désire.

La réalité est que l’Etat profond US s’impose partout et particulièrement en Europe où les dirigeants s’alignent systématiquement sur les diktats étatsuniens. Et cet alignement entraîne le renoncement aux principes fondamentaux comme la liberté de la presse. Si on continue ainsi, nous le paierons très cher !

Dans notre prochaine livraison, nous analyserons les propos de Nils Melzer, le rapporteur des Nations Unies sur la torture. Il craint que ne s’installe un système meurtrier sous nos yeux.

Pierre Verhas