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Le grotesque incident d’Ankara qui a vu Charles Michel, ancien Premier ministre belge et actuel Président du Conseil européen, s’asseoir à côté du Président turc Recep Tayyip Erdogan, laissant de côté la Présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a déclenché une vague d’indignations. La presse et l’opinion ont condamné à juste titre la goujaterie de Charles Michel, au point qu’il a été attribué le nom de « Sofagate » à cette affaire. Quant à Charles Michel, il s’est vu affubler le surnom de « Monsieur Patate » …

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Charles Michel dit depuis Monsieur Patate s'asseoit délibérément à côté de Recep Tayyip Erdogan laissant carrément en plan Ursula von der Leyen.

Au départ, on a pensé qu’Erdogan avait tendu un piège aux deux leaders de l’Union européenne en créant un lien de subordination de la Présidente de la Commission au Président du Conseil. Il aurait joué sur le point faible de l’Union européenne : sa direction bicéphale. De plus, le dirigeant turc qui ne cache pas son ambition de devenir le meneur de l’Islam sunnite radical aurait ainsi signifié le rôle secondaire de la femme dans les enjeux politiques. Ce simple fauteuil manquant a cependant ranimé un ancien contentieux que les deux dirigeants européens venaient tenter d’aplanir !

Les relations entre la Turquie et l’Union européenne sont complexes, voire exécrables, surtout depuis l’arrivée d’Erdogan au pouvoir. Auparavant, des négociations avaient été entamées en vue de l’adhésion de la Turquie à l’Union européenne. Devant les réticences de certains Etats-membres de l’Union et les exigences d’Erdogan, sans compter de nombreux incidents et de flagrantes violations des Droits humains, les négociations sont au point mort. Cependant, les Etats-Unis pour des raisons géopolitiques font pression sur les Européens pour accélérer le processus d’adhésion.

Depuis l’élection de Joe Biden, cette pression s’est accentuée. Ainsi, lors du dernier Conseil européen, le 23 mars dernier, en vidéoconférence, le président US était invité ! A quel titre et pour quelles raisons ? On n’en sait rien. En revanche, l’ordre du jour du Conseil est fixé par le président du Conseil, à savoir Charles Michel. Aurait-il pris l’initiative ? Certainement pas sans le feu vert d’Angela Merkel et d’Emmanuel Macron. En tout cas, on peut être certain qu’il a été question de la Turquie lors de cette réunion, puisque le voyage des deux dirigeants de l’Union se déroulait quelques jours après. Dès lors, on peut se poser la question : est-ce à la suite de ce Sommet euro-états-unien qu’Erdogan aurait décidé de donner la préséance au Conseil européen pour signaler qu’il ne négocierait pas avec la Commission ?

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Sommet européen du 23 mars 2021 en vidéo conférence présidé par Charles Michel. Que vient y faire Joe Biden ?

On peut le penser, car outre le caractère grotesque de l’incident, les entretiens entre les dirigeants européens et le Président turc ont des suites géopolitiques. Ainsi, le Premier ministre italien, Mario Draghi a exprimé sa colère. Il n’a pas hésité à traiter Erdogan de « dictateur » ! Il est en effet très inquiet de la situation en Libye où l’Italie a d’importants intérêts. L’intervention d’Erdogan en ce pays qui a été détruit par la calamiteuse intervention occidentale en 2011 à l’initiative de l’ancien président français Sarkozy, ne fait qu’accroître des tensions déjà exacerbées par la rivalité entre deux chefs de guerre de la région. Aussi, le « couac » d’Ankara n’a rien arrangé.

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Mario Draghi le nouveau Premier ministre italien est furieux de l'incident entre les dirigeants européens et Erdogan.

Que conclure ? Une fois de plus, l’Union européenne est affaiblie. Mais affaiblie par sa faute. L’analyste de droite français, Nicolas Baverez écrit dans « le Figaro » du 12 avril : « Cette mise en scène indigne, dont il reste incompréhensible que les deux plus hauts dirigeants de l’Union s’y soient soumis, souligne l’inconséquence de la politique d’apaisement poursuivie vis-à-vis de la démocrature islamique de Recep Tayyip Erdogan. Elle illustre le fossé entre les ambitions de l’Union et son incapacité à défendre ses intérêts comme ses principes. »

En effet, les fameux traités sans lesquels il n’y aurait pas de démocratie selon l’ancien président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker, comportent et organisent le point faible des institutions européennes : sa direction bicéphale. Quant à la préséance, le journaliste Jean Quatremer (« Libération » 10 avril 2021) considère qu’elle revient au Conseil. Il se réfère aux articles 15 et 17 du Traité de fonctionnement de l’UE. À leur lecture – l’article 15 dispose du rôle et de l’organisation du Conseil et l’article 17 de ceux de la Commission – il n’est nullement question de préséance.

La construction européenne qui a débuté juste après la Seconde guerre mondiale est le fruit d’un compromis entre deux visions contradictoires de l’organisation du continent. La première, la fédéraliste, prône une intégration des Etats-membres en une seule entité qui regrouperait les compétences économiques et financières et les relations internationales. Cette entité aurait priorité sur les Etats-membres, dans laquelle il y a libre circulation des personnes, des biens et des capitaux. L’autre conception prône une confédération d’Etats indépendants qui négocient entre gouvernements une politique commune. C’est ce qu’on appelle l’Europe des nations prônée par de Gaulle dès la fondation de la Communauté économique européenne en 1957 devenue Union européenne en 1992 à Maastricht.

C’est ainsi que l’Union dispose de deux organes exécutifs : le Conseil qui comporte les chefs d’Etats et de gouvernements des Etats-membres et la Commission qui est un organe supranational composé d’un commissaire par Etat-membre désigné pour cinq années. Pour sa composition, la Commission dépend des Etats-membres, ainsi que pour la répartition des compétences. Dès lors, c’est l’Allemagne et la France, les deux plus puissants Etats-membres de l’Union, qui sont les maîtres du jeu. Mais pour son mandat, la Commission est indépendante des Etats et rend compte au Parlement européen.

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Charles Michel et Ursula von der Leyen n'ont pas beaucoup d'atomes crochus en dépit des apparences depuis le début de leurs mandats.

Ainsi, les décisions politiques sont établies par le Conseil et la Commission a pour rôle d’être « gardienne des traités » et d’appliquer les décisions du Conseil qu’elle impose aux Etats-membres sous forme de directives qui sont examinées par le Parlement européen. Il est donc clair que pour l’extérieur, le véritable organe de décision de l’Union est le Conseil. Et c’est évidemment la source des conflits récurrents entre les deux organes. L’incident d’Ankara en est le dernier épisode, mais il prend des proportions considérables. Au lieu de calmer le jeu, Ursula von der Leyen, le lundi 12 avril, lors de la réunion hebdomadaire entre la Commission et le Conseil a carrément engueulé Charles Michel en exigeant que pareil incident ne se reproduise plus ! Bien sûr, elle est forte de l’appui de l’opinion publique qui est choquée par l’attitude grotesque de Monsieur Patate et aussi d’une pétition – signée entre autres par votre serviteur – qui demande la démission de l’ancien Premier ministre belge.

Que conclure de tout cela ?

L’Union européenne est dans l’incapacité d’avoir une politique étrangère. Elle ne parvient pas à imposer son point de vue et, dans le cas présent, à résoudre le contentieux avec la Turquie qui concerne la situation en Méditerranée orientale, la présence turque en Libye, la question des réfugiés et celle des Droits de l’Homme.

Une des principales causes est l’alignement systématique de l’UE sur la politique US. De plus, sa subordination à l’OTAN, son incapacité à définir une politique commune de défense et surtout l’impossibilité de définir le rôle de l’Union européenne dans le monde en font une entité hybride et impuissante. « L’Europe, quel numéro de téléphone ? » disait le secrétaire d’Etat US Henry Kissinger dans les années 1970-80. On se demande aujourd’hui si elle a ne fût-ce qu’une adresse courriel. Et on peut craindre que cette subordination s’accroisse depuis l’arrivée de Joe Biden et du clan belliciste démocrate à la Maison Blanche.

Ursula von der Leyen se faisait fort avec le commissaire européen à l’industrie, le français Thierry Breton, d’organiser une efficace campagne de vaccinations dans tout le territoire de l’Union. C’est un terrible fiasco. Rappelons-nous les contrats secrets, les carences en approvisionnement, etc. La Commission a confondu Santé publique et commerce.

Apparaît là un élément inquiétant : les institutions européennes sont gangrénées par les lobbies de toutes sortes qui rendent impossible toute ligne politique. Et dans le même ordre d’idée, l’Union s’est enferrée dans ces accords de libre-échange imposés par les lobbies des entreprises transnationales. Le dernier en date avec le Mercosur inquiète particulièrement les agriculteurs et les éleveurs européens.

Le couac d’Ankara montre la médiocrité des dirigeants européens. L’affaire des vaccins montre la médiocrité des institutions européennes.

À votre avis, l’Europe ne mérite-t-elle pas mieux que cette lamentable image qu’on lui donne ?

Pierre Verhas

Source: https://uranopole.over-blog.com/2021/04/les-tribulations-de-monsieur-patate-en-turquie.html